Avec DTZ, UGL donne naissance à un géant du conseil en immobilier

le 15/12/2011 L'AGEFI Hebdo

A travers cette opération structurante, le conglomérat australien entre dans la cour des plus grands acteurs mondiaux du secteur.

La société de conseil en immobilier DTZ est devenue australienne le 4 décembre, rachetée par le groupe UGL Limited, spécialiste de la construction et des services aux infrastructures. La transaction de 77,5 millions de livres (90 millions d’euros) sera complétée par un « ajustement de trésorerie », dont le détail n’a pas été communiqué. « UGL et DTZ ont déjà travaillé ensemble via des partenariats sur plusieurs marché au cours des quatre dernières années », rapporte Richard Leupen, président-directeur général d’UGL Limited. Le groupe cherchait depuis quelques années à mettre un pied en Europe. DTZ était l’occasion à ne pas laisser passer.

C’est le 8 novembre dernier que la firme anglaise a annoncé être entrée en négociations exclusives avec UGL, suite au processus de vente officiel engagé mi-octobre, après la tentative avortée de rachat par son actionnaire majoritaire Saint Georges Participations (55 % du capital) pour le compte de BNP Paribas. La banque française avait dû y renoncer après six mois de négociations, en raison de la crise de la dette dans la zone euro.

Un perdant

Les 77,5 millions de livres versés aux administrateurs d’Ernest & Young responsable de la vente serviront pour la plupart à rembourser les dettes de la société qui s’élève à 106 millions de livres. Cette transaction n’attribuera ainsi aucune valeur aux actions ordinaires de DTZ Holdings, comme l’avait stipulé John Forrester, PDG de DTZ, début novembre. Le prêteur principal Royal Bank of Scotland devrait être remboursé en totalité. Saint Georges Participations quant à lui a peu de chances de revoir la couleur des 15 millions de livres qu’il a prêtés à DTZ. A cela s’ajoutent plus de 80 millions de livres investis dans la société qu’il a notamment sauvée de la faillite en 2009. Au total, c’est un investissement de près de 100 millions de livres que Saint Georges Participations voit partir en fumée. La vente de DTZ a été réalisée via le système de « pre-pack administration ». Il s’agit d’une procédure par laquelle une entreprise insolvable, ou qui a de fortes chances de le devenir, convient de la vente de ses actifs avant de déclarer son insolvabilité. « L’utilisation du ‘pre-pack administration’ a permis à DTZ de poursuivre son activité sans la moindre interruption via le transfert immédiat de toute ses filiales commerciales à UGL Services », explique Charles Leupen, sauvegardant au passage 4.700 emplois. Cette pratique permet surtout à UGL de clore la transaction rapidement en évitant un veto de Saint Georges Participations qui restera le plus grand perdant dans cette affaire.

Un gagnant

Une fois lavée de ses dettes qui étaient son principal frein à la croissance, DTZ représente une remarquable force de frappe pour l’australien. A travers l’acquisition de cette société vieille de près de 227 ans, UGL Services, la branche dans laquelle sera intégrée DTZ, se voit propulsé parmi les leaders mondiaux du marché du conseil en immobilier avec un chiffre d’affaires combiné pro forma de 1,2 milliard de livres en 2011. L’alliance des deux entreprises totalise 24.000 salariés permanents, opérant dans 240 bureaux à travers 45 pays. « La vaste portée géographique de DTZ et la forte complémentarité de nos lignes de métiers transforment la branche conseil en immobilier d’UGL, qui peut désormais fournir une offre globale de services intégrés dans toutes les régions clés du globe », relève Richard Leupen. UGL, déjà très présent aux Etats-Unis, s’octroie une place de choix en Europe, notamment au Royaume-Uni, tout en se renforcant considérablement en Asie. Cette région représente 31 % des revenus de DTZ en 2011. « DTZ offre par ailleurs à UGL la position de leader sur le marché chinois », ajoute Richard Leupen. Le groupe pourra s’appuyer sur le réseau commercial solide de la firme anglaise réparti dans 18 villes à travers le pays.

UGL Services n’en est pas à sa première opération de croissance externe. Il s’est offert la société Premas basée à Singapour en 2005, ce qui lui à permis de s’étendre rapidement dans seize grandes villes asiatiques. Il réitère l’opération l’année suivante, cette fois aux Etats-Unis avec l’acquisition d’Equis. DTZ est une autre étape clé dans le parcours d’UGL Services qui représente désormais 37 % de l’activité du groupe. « Notre objectif est de devenir le plus grand fournisseur de services immobiliers intégrés », conclut Richard Leupen. Après que CBRE a englouti ING Reim et que Jones Lang LaSalle s’est emparé de King Sturge, la course à la taille est bel et bien lancée.

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