Le double pari de la BPI

le 25/10/2012 L'AGEFI Hebdo

La banque publique d’investissement (BPI) ne se justifie que si sa création assure un progrès par rapport à la somme des résultats de ses parties, sur deux terrains essentiels : la qualité des décisions prises pour soutenir les entreprises d’avenir et la croissance, et les moyens financiers mobilisés. Ce double pari est des plus osés.

A ce stade, elle ressemble plutôt à une HPI (holding publique d’investissement), comme en témoigne son statut de compagnie financière. Or sa gouvernance s’annonce des plus délicates à mettre en œuvre d’autant qu’elle aura la double vocation d’intervenir comme banquier et comme investisseur avec les risques de conflits d’intérêts que cela implique.

L’imbrication compliquée qu’elle prévoit entre les différents niveaux - nationaux et régionaux - concourant à la prise de décision sera un premier défi à relever, sachant que le bilan des régions en la matière, pour qui se souvient des SDR, est tout sauf brillant. Ensuite, des rapports conflictuels se profilent entre cette superstructure et ses filiales, en particulier Oséo, notamment parce que la question clé de l’opérateur industriel n’a pas été tranchée. L’arbitrage laborieux sur la répartition du capital à 50/50 entre l’Etat et la Caisse des dépôts le montre. Ce rôle aurait à coup sûr dû être dévolu à la Caisse pour son expérience à gérer de grandes entités, y compris financières comme naguère Ixis. Mais le rôle pivot dévolu à Oséo, contrôlé par l’Etat, n’a valu à la CDC que le poste de président non exécutif, l’Etat gardant la haute main sur la nomination du directeur général, véritable patron de l’ensemble puisqu’il présidera aussi ses filiales. Trouver le juste équilibre entre les deux têtes de l’entité tiendra de la haute voltige. Beaucoup dépendra des personnalités - le choix d’une tête aussi forte qu’Anne Lauvergeon aurait rendu l’équation insoluble - et de l’organigramme final, inconnu à ce jour. Mais il est clair que la Caisse ne contrôlera pas réellement une filiale dont les fonds propres pèsent aussi lourd que les siens et qui pourra recourir à ses fonds d’épargne, et aura dès lors bien du mal à maîtriser les risques - notamment ceux d'origine politique - qui en résulteront. Cette situation structurellement inconfortable pourra-t-elle être gérée sans peser sur les décisions ?

Quant aux moyens mis en œuvre, ils ne sortent pas non plus renforcés de cette création, en termes d’investissement ou de financement, le recours possible à 10 milliards issus des fonds d’épargne, plus coûteux que les ressources de marché, paraissant plus théorique que réel. Ses deux actionnaires étant contraints en capital, tout renforcement ultérieur de sa capacité d’action dépendra de la faculté de la BPI à stimuler la profitabilité de ses parties, alors que l’une d’elles, le FSI, recèle probablement déjà d’importantes moins-values latentes. Un sacré défi en ces temps de quasi-récession !

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