Rencontre avec... Jean-Yves Hocher, directeur général de Crédit Agricole CIB (CA CIB)

« Une direction de la distribution est créée »

le 26/01/2012 L'AGEFI Hebdo

Propos recueillis par Sylvie Guyony

Parmi les banques de financement et d’investissement (BFI) françaises, CA CIB est celle qui a annoncé le plus de suppressions de postes. Pourquoi ?

Notre plan d’adaptation intègre une nouvelle donne qui s’impose à toutes les BFI européennes : contraintes conjoncturelles liées à la gestion de la liquidité, et structurelles avec l’accélération très forte du calendrier réglementaire. Sous réserve de l’avis des instances sociales, nous allons nous recentrer autour des clients stratégiques que nous souhaitons privilégier, et aussi sur le plan géographique. Nous serons présents dans une trentaine de pays qui réalisent plus de 85 % du PIB (produit intérieur brut, NDLR) mondial. Ailleurs, selon les cas, nous céderons ou nous fermerons les implantations. Enfin, nous projetons d’arrêter les activités qui ne sont pas au cœur de nos spécialités : les dérivés actions (hors corporate equity derivatives et exchange-traded funds) et les commodities. En outre, nous avons entamé dès septembre une réduction de la taille de notre bilan et approchons du moment où les cessions de crédits représenteront de l’ordre de 10 % du total de nos encours. En résumé, une BFI plus mince, toujours au service de ses clients - les grandes entreprises et les institutions financières - et du financement de l’économie réelle.

Peut-on parler d’un « nouveau modèle » ?

Tout en réduisant la taille de la banque, nous devons évidemment sortir de la logique d’accumulation des crédits dans notre bilan. Ce nouveau modèle, que nous appelons distribute-to-originate (de la distribution à l’origination, NDLR), consiste à céder une part importante des crédits originés par la banque tout en accompagnant nos clients vers les marchés obligataires. Il repose sur nos points forts notamment en financements structurés et sur les métiers où nous avons des positions de leaders. Nous souhaitons ainsi répondre à la fois aux besoins des emprunteurs et à la demande des investisseurs en les accompagnant dans la diversification de leurs classes d’actifs. En termes d’organisation, une direction de la distribution est créée. C’est une ligne métier à part entière. Elle s’appuiera sur une syndication puissante et reconnue.

Quels sont ces investisseurs ?

En Europe et au-delà, les assureurs et fonds de pension sont à la recherche d’actifs sûrs, qui ne posent pas de problème de valorisation de marché et offrent de bonnes marges. Nous leur avons déjà cédé quelques centaines de millions d’euros de crédits sur notre stock. Mais ils sont surtout intéressés par les flux réguliers que nous pourrons leur apporter avec nos productions nouvelles. C’est bel et bien l’émergence d’un nouveau modèle. Pour nos partenaires institutionnels, il prend en compte les contraintes liées aux dettes souveraines et à Solvabilité II.

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