Dialogue de sourds

le 01/09/2011 L'AGEFI Hebdo

Liquidité versus solvabilité : la dialectique n’est pas nouvelle, mais a pris une vigueur inattendue entre des banques françaises tout au renforcement de leur structure de financement à long terme et des marchés bien plus préoccupés par leurs niveaux de fonds propres. Le malentendu est complet (lire L’Evénement page 8) et potentiellement dangereux, comme le montre le repliement des fonds monétaires américains du marché interbancaire cet été. Malgré des fondamentaux sains, les champions français se sont fait étriller en Bourse. La charge de Christine Lagarde le week-end dernier n’a fait qu’illustrer ce dialogue de sourds, même si l’on peut penser que la nouvelle directrice générale du FMI vise plutôt les banques européennes qui ont frôlé l’échec aux tests de résistance en juillet que les grandes institutions financières nationales qu’elle a naguère si souvent complimentées pour leur gestion.

Au-delà de la cabale que certains articles de presse étrangère alimentent à plaisir, c’est l’incompréhension du modèle français qui frappe. La faute aux règles comptables tout d’abord. Le débat sur le provisionnement des actifs grecs n’est qu’un nouvel épisode dans le conflit inexpiable entre partisans de la juste valeur et tenants d’une comptabilité plus traditionnelle faisant sa part au coût historique. Mais en appliquant les minima, même validés par les autorités, face à des groupes anglo-saxons plus jusqu’au-boutistes, les français prêtent le flanc aux critiques qui prônent la vérité instantanée des comptes. La faute aussi à leur dépendance aux marchés obligataires pour le financement de leurs opérations. Ce résultat d’une spécificité du marché de l’épargne hexagonale, qui ne concourt pas autant qu’ailleurs au financement des banques, les rend particulièrement exposées aux vicissitudes des marchés, peu sensibles aux subtilités des particularismes bilanciels hexagonaux.

Cela dit, les banques françaises ne pèchent-elles pas dans leur effort de pédagogie vis-à-vis des investisseurs ? A se référer à Bâle 2 ou Bâle 2,5 quand ceux-ci attendent Bâle 3, elles font douter de leur solidité, un comble alors que leur solvabilité satisfait aux normes actuelles et qu’elles présentent un meilleur profil de risque que les américaines, notamment en banque de financement et d’investissement. Surtout on peut se demander si elles ne se fragilisent pas inutilement en excluant tout appel au marché et si le choix de ne compter que sur leurs propres forces ne les rend pas plus vulnérables que nécessaire aux aléas macroéconomiques et au règlement de la crise de la dette en Europe. Les banques devraient se garder de fermer la porte à toute solution externe, à laquelle ont recouru sans état d’âme plusieurs de leurs concurrentes et qui ne s'en portent pas plus mal.

A lire aussi