Dexia veut montrer sa bonne volonté à la Commission européenne

le 14/06/2012 L'AGEFI Hebdo

Après DenizBank, le groupe en liquidation presse le pas pour vendre sa gestion d’actifs. La gouvernance et l’avenir de la partie française restent en suspens.

L’heure de quitter les rives du Bosphore a sonné. Le 8 juin, les dirigeants de Dexia ont signé à Istanbul la cession de leur filiale turque DenizBank au russe Sberbank. Un soulagement pour ceux que la Commission européenne taxerait « d’incapacité avérée », selon la presse belge très critique envers le Français Pierre Mariani, patron opérationnel, et le Belge Jean-Luc Dehaene, président du groupe. « La cession tombe au bon moment vis-à-vis de la Commission », estime un proche des négociations. Les services de la concurrence bruxellois ont en effet demandé fin mai aux Etats actionnaires de réviser le plan de liquidation du groupe sans se prononcer sur les garanties d’Etat définitives, indispensables pour refinancer cette bad bank systémique.

Moins-value

En Turquie, Sberbank s’était initialement retirée des enchères, suivie de HSBC, laissant Qatar National Bank seule en course. « Les Qataris se sont retrouvés en position de force et ont proposé un prix très bas. Ils avaient les faveurs du régulateur turc et du management de DenizBank qui voulait être intégré dans un groupe plus petit (que HSBC, NDLR), poursuit la source. Des schémas alternatifs, comme une introduction en Bourse ou une fusion, ont été étudiés avant que Sberbank revienne dans la course fin avril. »

En cédant sa pépite turque, dixième banque du pays en termes d’actifs, Dexia dit qu’il augmentera de 4 à 5 points son ratio de fonds propres Tier one, qui plafonnait à 7 % fin mars. Sberbank va débourser 6,47 milliards de livres turques (2,82 milliards d’euros). Dexia espère atteindre 3,09 milliards d’euros en fin d’année, lors de la finalisation de l’opération, grâce à l’évolution de l’actif net en 2012. Sa moins-value atteindrait alors entre 700 et 800 millions d’euros. Mais le montant de la transaction reste tributaire de l’évolution de la livre turque. Il est aussi légèrement inférieur aux attentes de Dexia qui misait sur 1,5 fois la valeur comptable, soit environ 3,2 milliards. « Deniz aurait pu être vendu plus cher fin 2010, juge une source proche. Mais cela aurait signé la mort du groupe », qui faisait de la Turquie le principal relais de croissance de son plan stratégique 2009-2014 avalisé par Bruxelles. C’était avant que le groupe se retrouve de nouveau à court de liquidités cet automne. Victime de la crise de la dette en Europe, il a dû se résoudre à se séparer de ses franchises commerciales.

Flou côté français

Après la nationalisation de Dexia Banque Belgique (DBB, rebaptisée Belfius) imposée par l’Etat belge, et la cession de la Banque Internationale à Luxembourg (BIL) et de ses 50 % de RBC Dexia, le groupe va choisir ce mois-ci le repreneur de Dexia Asset Management (DAM). Bâle III oblige, aucune banque européenne ne figure parmi les prétendants, mais le fonds d’investissement britannique Permira est sur les rangs, confirment plusieurs sources. Parmi les cinq autres candidats figurent la banque australienne Macquarie et les américains Affiliated Managers Group et New York Life Insurance, mais visiblement pas Federated Investors qu’avait cité Reuters. « Le prix de 750 millions d’euros évoqué par certains est surévalué », indique une des parties prenantes. DAM gérant 77,9 milliards fin 2001, le gestionnaire vaudrait donc moins de 1 % de ses encours. Mais « il n’y aura pas de pertes sur cette vente dont le montant sera supérieur à la valorisation de 500 millions inscrite dans les comptes sociaux », assure une autre source.

DTS aussi devrait être cédé. Cette filiale informatique luxembourgeoise travaille pour d’anciennes et actuelles entités du groupe. « Le problème est qu’une telle entité n’a pas de valeur, c’est un centre de moyens qui doit maintenir le niveau et la continuité de ses services », explique la source. Quant à Sofaxis, courtier français qui assure le personnel territorial et hospitalier français, « il sera à un moment ou à un autre vendu ».

L’équipe actuelle ne mènera sans doute pas ces dossiers à terme. La Belgique a fait nommer au conseil de la banque Karel de Boeck, ancien dirigeant de Fortis, pour qu’il remplace Pierre Mariani fin juin. L’exécutif français ne s’est pas encore prononcé publiquement sur la gouvernance du groupe et sur ses projets, alternatifs ou non, au démantèlement de Dexia Crédit Local et à la vente de Dexia Municipal Agency. Le processus actuel, qui associe la Caisse des dépôts et La Banque Postale, ne convient pas à Bruxelles. Il y a pourtant urgence car les collectivités et hôpitaux français peinent à se financer.

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