Deux plates-formes à l’assaut de la communauté du capital-investissement

le 25/10/2012 L'AGEFI Hebdo

SecondaryNet et Palico ont pour ambition de fédérer les gérants de fonds, investisseurs et intermédiaires du secteur. Avec des positionnements différents.

Notre ambition, c’est de révolutionner l’univers du 'private equity'. » Sans forfanterie, Gilles Laborderie, directeur technique de Palico, annonce la couleur. Lancée en mai dernier par Antoine Dréan, fondateur et dirigeant de Triago, cette plate-forme d’échanges qui se positionne comme le Meetic du private equity a en effet pour ambition de fédérer la communauté des gérants de fonds, investisseurs et intermédiaires qui évoluent dans cette industrie. « Depuis vingt ans, cet univers éparpillé à travers le monde fonctionne toujours sur le même mode, sans recourir aux nouvelles technologies, expose Gilles Laborderie. Ce qui oblige tous les acteurs à beaucoup voyager dans l’espoir de trouver des contreparties à la hauteur de leurs exigences. Avec Palico, ils peuvent faire la même chose, mais sans quitter leur bureau. La plate-forme permet en effet aux gérants de fonds de présenter aux acheteurs et intermédiaires membres l’ensemble de leurs opportunités en matière de levées de fonds, co-investissements et ventes secondaires. » Lancé en janvier 2010, SecondaryNet affiche le même credo communautaire, mais en se concentrant sur le transfert de parts de fonds d’investissement sur le marché secondaire comme l’explique François Gamblin, CEO (chief executive officer) de SecondCap. « SecondaryNet est une réponse à l’inefficience de ce marché qui fonctionne de gré à gré, et sans 'process' organisé et standardisé. Les vendeurs ont en effet souvent beaucoup de mal à s’assurer que la transaction a été conduite dans les règles de l’art et qu’elle leur a permis d’obtenir le meilleur prix. D’autant que le plus souvent, les intermédiaires se contentent de sélectionner une dizaine d’acheteurs qu’ils connaissent bien. Sur SecondaryNet, ils ont accès à une communauté de 350 investisseurs internationaux évoluant sur le marché secondaire, mais aussi sur celui des fonds de fonds primaires. Ils bénéficient en outre d’un accompagnement par notre équipe pendant toute la durée du 'process'. »

Filtres et anonymat

Côté fonctionnalité, ces deux plates-formes se sont fortement inspiré des sites de rencontres et de communauté. « Les gérants de fonds doivent d’abord compléter leur profil en donnant des informations sur leurs fonds, les volumes gérés dans leur portefeuille, les investissements réalisés…, indique Gilles Laborderie. Ce n’est qu’une fois leur profil activé qu’ils ont la possibilité de diffuser leurs opportunités d’investissement et de mettre en ligne dans leur ‘dataroom’ tous les documents confidentiels liés à la transaction. » De leur côté, les investisseurs ont accès, toujours sur Palico, à une base de données qui comprend plus de 6.000 gérants de fonds. Base qu’ils peuvent filtrer en fonction de critères comme la spécialité ou la zone géographique. « Toute cette exploration se déroule de manière anonyme, assure Gilles Laborderie. Nous avons en effet créé un environnement où les investisseurs peuvent regarder sans être vus. Ce n’est que lorsqu’ils souhaitent afficher leur intérêt pour une opportunité ou qu’ils désirent rencontrer un gérant de fonds qu’ils doivent dévoiler leur identité. » Pour ce qui est de la transaction proprement dite, les deux sites ont adopté des stratégies différentes. Sur SecondaryNet, tout ou presque se déroule en ligne. « La seule chose qui ne transite pas par notre plate-forme, c’est le transfert monétaire entre le vendeur et l’acheteur, confie François Gamblin. Tout le reste, y compris la signature du contrat d’achat et de vente, se déroule en ligne. » Chez Palico, on préfère se positionner comme un site d’intermédiation, ce que confirme Gilles Laborderie : « Même si nous proposons tous les outils qui permettent d’accélérer la transaction, nous n’avons pas voulu automatiser tout ce qui relève du contact humain et de la clôture des contrats. »

Les mêmes choix technologiques

Les deux plates-formes ont effectué les mêmes choix technologiques basés sur l’open source et Java. Du côté de Palico, on a ainsi opté pour la suite Linux Debian pour le système d’exploitation, Tom 4 pour le serveur d’applications Java, PostgreSQL pour la base de données, Lucene pour le moteur de recherche et Grails pour la gestion des pages HTML... « Pour accéder à notre plate-forme, il suffit d’une connexion internet et d’un navigateur, complète Gilles Laborderie. Nous avons également développé une application native pour BlackBerry, ainsi que des applications iOS et Android qui permettent d’accéder aux fonctionnalités qui ont du sens en mobilité : la base de données des membres, les fiches des gérants de fonds, les opportunités d’investissement... »

Pour assurer la confidentialité des données, toutes les informations transmises sur Palico sont encryptées avec une clé 256 bits. « Nous allons même au-delà des standards habituels de sécurité, ajoute Gilles Laborderie, puisque tous les documents téléchargés depuis la plate-forme sont marqués avec le nom de celui qui télécharge et la date, ce qui nous permet de limiter la distribution anarchique des documents. » Côté hébergement, les infrastructures mises en place répondent, elles aussi, au niveau de sécurité attendu sur ce type de plate-forme. « Nous disposons d’une infrastructure de production avec deux serveurs maîtres hébergés aux Etats-Unis et en Europe, avec un dispositif de sauvegarde qui travaille en miroir avec la production, expose François Gamblin. Nous avons également mis en place une infrastructure d’archives pour stocker toutes les informations pendant cinq ans, conformément aux contraintes imposées par les régulateurs. L’ensemble du dispositif a été audité avec succès. » Deux après son lancement, SecondaryNet affiche de premiers résultats encourageants avec déjà plus de 500 millions de dollars de transactions. « 45 fonds ont été mis en vente sur notre plate-forme, essentiellement dans le 'venture' et le 'midmarket buy-out' », dévoile François Gamblin. De son côté, Palico a déjà séduit en quatre mois plus de 200 membres, dont 60 % d’investisseurs, 30 % de gérants de fonds et 10 % d’intermédiaires. « Les premiers retours du marché sont complètement en ligne avec nos prévisions, se félicite Gilles Laborderie. Nous devrions franchir dans un an le cap des 1.000 membres, ce qui serait considérable sur un marché qui compte 25.000 acteurs dans le monde. » En attendant, les deux sites continuent de travailler sur de nouvelles fonctionnalités. Du côté de SecondaryNet, on ne cache pas que l’on s’intéresse à d’autres produits de l’univers du private equity. « Pour accroître notre réseau, nous pourrions effectivement développer des briques complémentaires, notamment sur les données, anticipe François Gamblin. Dès que l’on aura atteint une masse critique dans l’information sur le marché secondaire, nous pourrons agréger des données qui auront beaucoup de valeur car aujourd’hui, vous n’avez pratiquement aucune indication de marché sur les prix. Et un tiers du chiffre d'affaires de la Bourse de Londres provient des analyses vendues aux utilisateurs. »

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