Deutsche Bank se laisse du temps avant de changer

le 07/02/2013 L'AGEFI Hebdo

La banque doit à la fois se montrer vertueuse et redevenir hautement rentable.

Jürgen Fitschen et Anshu Jain lors de la présentation des résultats annuels le 31 janvier 2012. Photo : Eric Tschaen/Bloomberg

Que 2012 serait un mauvais millésime pour Deutsche Bank, on s’en doutait depuis que le numéro un de la finance allemande avait lancé un avertissement à la mi-décembre, précisant que la restructuration du groupe et le coût des nombreux litiges auxquels il est confronté allaient avoir un « effet négatif significatif » sur le bilan du quatrième trimestre. Mais au bout du compte, le montant de la perte annoncée, 2,2 milliards d’euros, a largement dépassé les estimations. Que s’est-il donc passé dans les tours jumelles qui dominent le ciel de Francfort où siège la banque ?

Selon les analystes, Jürgen Fitschen et Anshu Jain, les deux codirigeants de la banque, ont donné la priorité à la réduction des actifs à risques afin d’éviter une augmentation du capital. Avec succès, car le ratio de solvabilité core Tier one aux normes de Bâle III atteint désormais 8 % contre moins de 6 % un an plus tôt. Au lieu de faire appel au marché et par conséquent à ses actionnaires, Deutsche Bank a donc préféré regrouper toutes les pertes liées à la dépréciation des actifs dans le bilan du quatrième trimestre. « C’est une bonne surprise », explique Guido Hoymann, analyste chez Metzler Securities, car cette stratégie devrait permettre à la banque d’atteindre un taux de fonds propres de 9 %, voire de 9,5 % d’ici à la fin de l’année, et de respecter en totalité les règles de Bâle III avant l’heure. Les codirigeants de la banque sont plus prudents. Leur objectif est de passer à un taux de solvabilité de 8,5 % d’ici à fin mars, sans faire appel au marché, mais en continuant à réduire les actifs à risques pondérés (risk-weighted-assets).

Cure d’amaigrissement

Reste désormais aux nouveaux dirigeants, en place depuis juin dernier, à s’attaquer au vaste chantier de la restructuration du groupe. Afin de rendre la banque plus compétitive, ils veulent comprimer les coûts de quelque 4,5 milliards d’euros d’ici à fin 2015. Avant de se faire sentir, cette cure d’amaigrissement engendre de nouvelles dépenses comme l’indemnité des 2.000 banquiers d’affaires dont le groupe veut se défaire.

Parallèlement, sa banque de financement et d’investissement (BFI) est mêlée à de nombreux scandales comme celui de la manipulation du taux Libor ou d’une affaire de fraude fiscale liée au marché européen des droits d’émissions de CO2. A cela s’ajoute l'affaire Kirch, cet ancien magnat des médias allemands qui réclame une indemnité de plusieurs milliards d’euros, accusant Deutsche Bank d’être responsable de la faillite de son entreprise. Sans parler des plaintes aux Etats-Unis où Deutsche Bank est accusée d’avoir sciemment vendu de mauvais produits structurés hypothécaires. En outre, la banque doit une nouvelle fois faire face à des attaques publiques, après avoir annoncé son intention de poursuivre ses activités dans le négoce controversé de produits dérivés liés aux denrées alimentaires.

Cette avalanche de litiges est venue compliquer la tâche des dirigeants qui avaient pourtant promis en septembre dernier l'avènement d'une nouvelle culture d'entreprise pour tenter d'en finir avec l'image d'un institut sans foi ni loi, qui lui colle à la peau en Allemagne. Un groupe de travail a certes été créé pour « mettre en œuvre une culture qui va équilibrer les risques et les revenus (...), favoriser le travail d'équipe et la collégialité, et répondre aux intérêts de la société ».

Pour l’instant, le seul signe tangible de la nouvelle culture d'entreprise est une réduction du montant des bonus de 12 %, à 3,2 milliards d’euros. Parallèlement, la banque s’est donné une nouvelle ligne directrice qui oblige tous ses employés à servir exclusivement les intérêts des clients. « Celui qui ne respectera pas cette nouvelle éthique d’entreprise n’aura pas sa place chez Deutsche Bank », a insisté Jürgen Fitschen lors de la présentation du bilan annuel la semaine dernière. Bien sûr, certains de ses spectres remontent au temps de leurs prédécesseurs (Josef Ackermann, voire Rolf Breuer). Mais c'est aussi leur propre passé qui les rattrape à présent, l'un et l'autre étant issus du sérail. Tel est notamment le cas d’Anshu Jain, l’ancien dirigeant de la BFI du groupe.

En attendant, les dirigeants sont donc confrontés à une équation compliquée : améliorer à la fois l’image de la banque et mettre en place un comportement plus éthique sans perdre de vue, de l’autre côté, leur volonté de transformer Deutsche Bank en un établissement hautement rentable, présent sur les principaux marchés du monde. Vu les résultats de 2012 où la banque a dégagé un résultat net de seulement 1,4 milliard d’euros, soit une rentabilité sur fonds propres de seulement 2,4 %, le chemin à parcourir demeure bien long. 

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