Deutsche Bank lance la contre-offensive

le 09/05/2013 L'AGEFI Hebdo

Cerné par les scandales, acculé de toutes parts, le groupe allemand a procédé à une augmentation de capital.

Le siège de Deutsche Bank. Photo: Ralph Orlowski/Bloomberg
(Le siège de Deutsche Bank. Photo: Ralph Orlowski/Bloomberg)

Un placement privé de 90 millions d’actions ouvrant droit à dividende, réalisé en urgence par la banque elle-même : Deutsche Bank a ainsi levé 2,96 milliards d’euros le 30 avril. De quoi porter son ratio de fonds propres durs (core tier one) à 9,5 % et donner raison aux analystes de Goldman Sachs. Ces derniers ont souligné dans une récente étude que Deutsche Bank sera obligée de verser quelque 13 milliards de dollars à sa filiale américaine, dans le cadre d’une nouvelle réglementation obligeant les banques étrangères à recapitaliser leurs filiales aux Etats-Unis, où le groupe allemand a d’importantes activités de marché. Sans cette augmentation de capital, le ratio core tier one de Deutsche Bank avait déjà atteint 8,8 % à fin mars grâce à une hausse de 18 % sur un an de son bénéfice net (voir le tableau) et de 2 % de ses revenus (9,4 milliards d’euros), avec une rentabilité nette sur fonds propres de 12 %, l’un de ses objectifs à horizon 2015. La première banque allemande semble ainsi vouloir dévier l’attention des investisseurs de la batterie de plaintes qui lui a déjà valu de voir sa note placée sous surveillance par l’agence Standard & Poor’s et qui pourrait réserver de mauvaises surprises au cours de l’année. En mars, Deutsche Bank a certes retiré 600 millions d'euros supplémentaires de son bénéfice imposable de 2012 pour rehausser ses provisions à 2,4 milliards d'euros, avec pour effet d’abaisser son niveau de fonds propres durs, mais le chapitre est loin d’être clos.

En avril, Deutsche Bank a été obligée de convoquer une assemblée générale extraordinaire, la première de son histoire. Des décisions importantes de la précédente réunion, en mai 2012, avaient été invalidées par la justice à la suite d’une plainte de la famille Kirch, le magnat de l’audiovisuel déchu, qui dénonçait un vice de forme. L’assemblée a confirmé les votes de 2012, mais Anshu Jain et Jürgen Fitschen, le duo dirigeant de Deutsche Bank, n’est pas au bout de ses peines tant la liste des conflits ouverts que doit affronter le groupe est longue.

Trop d’affaires en cours

Tout commence en décembre dernier par une perquisition du siège de Deutsche Bank à Francfort par la police allemande dans une affaire de fraude fiscale liée au marché des droits d'émission de CO2. Jürgen Fitschen et le directeur financier de la banque, Stefan Krause, sont soupçonnés de fraude aggravée pour avoir signé à la fin de 2010 une fausse déclaration fiscale sur le chiffre d'affaires de 2009 de la banque. Le fisc allemand chiffre le dommage à plus de 200 millions d’euros. Les deux dirigeants incriminés clament leur innocence et se sentent injustement traités, estimant que la procédure du Parquet est exagérée. Celui-ci a ouvert une information judiciaire contre Jürgen Fitschen. Un risque majeur pour la banque : en cas de condamnation, son coprésident sera obligé de partir.

L’autre affaire, tout aussi grave, concerne une accusation venue d’anciens collaborateurs aux Etats-Unis. Ils reprochent à Deutsche Bank d’avoir dissimulé en 2008 des pertes contenues dans des dérivés pour éviter une injection de fonds publics de l’Etat allemand. Le gendarme financier allemand Bafin, en collaboration avec la Bundesbank, a ouvert une investigation. Des inspecteurs de la Bundesbank se sont rendus à New York en mars dernier pour procéder sur place à des interrogatoires des anciens salariés de Deutsche Bank, auteurs des reproches. Dans ce cas comme dans celui de la fraude fiscale, Deutsche Bank repousse tout reproche d’une malversation, jugeant les accusations « sans fondement ». Aux Etats-Unis, Deutsche Bank est aussi confrontée à des milliers de plaintes pour son rôle dans la crise immobilière. Enfin, en Italie et en Allemagne, les plaintes de PME et de communes se multiplient. La banque est accusée d’avoir vendu des produits financiers trop compliqués ayant engendré de fortes pertes.

Parmi les casseroles majeures que traîne la banque figure également son implication dans le scandale de manipulation des taux interbancaires Libor. Le rapport provisoire de la BaFin pointe des failles d'organisation au sein du groupe. Deutsche Bank, qui mène en parallèle une enquête interne, a déjà suspendu sept salariés soupçonnés d'avoir participé à la vaste manipulation du Libor et de l'Euribor à Londres, qui éclabousse au total une vingtaine de grands établissements internationaux. Plusieurs d'entre eux sont déjà passés à la caisse : la banque suisse UBS a payé une amende de 1,2 milliard d'euros. Selon le magazine Der Spiegel, Deutsche Bank aurait inscrit 500 millions d’euros dans ces provisions pour risques judiciaires liés à cette enquête.

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