La dette hybride prend une nouvelle dimension avec EDF

le 07/02/2013 L'AGEFI Hebdo

Le groupe a émis 6,2 milliards d’euros d’obligations à durée indéterminée, un record. Une opération renouvelable et motivée par l’optimisation de son bilan.

Photo : Bloomberg

EDF innove dans ses sources de financement. Le groupe d’électricité vient d’émettre ses premières obligations subordonnées perpétuelles. «

 Une opération remarquable à plusieurs titres », se réjouit Frédéric Gabizon, responsable de l’origination pour le marché primaire obligataire chez HSBC France, conseil sur l’ensemble de l’émission. Elle l’est d’abord par son montant : 6,2 milliards d’euros. « Nous avons voulu profiter de la fenêtre de tir qui nous était offerte, compte tenu d’une large base d’investisseurs en recherche de rendement, pour émettre des tailles significatives sur trois devises, l’euro, la livre sterling et le dollar », explique Stéphane Tortajada, responsable financement et trésorerie d’EDF. La demande des investisseurs a dépassé de deux à trois fois l’offre en quelques heures. La tranche en dollars a été l’une des plus demandées. Il faut dire qu’EDF n'émet que rarement des obligations dans cette monnaie. « C’est même l’une des premières fois qu’un émetteur ‘corporate’ européen proposait une obligation subordonnée perpétuelle prévoyant notamment une distribution auprès des investisseurs institutionnels américains », souligne Ivan Fillon, responsable debt capital market pour la France, la Belgique et le Luxembourg chez Goldman Sachs, banque présente sur cette tranche. « Cette opération se distingue aussi par le niveau des coupons et une prime de subordination au plus bas pour un ‘corporate’, entre 200 et 235 points de base (pb) sur chaque tranche contre 250 à 300 pb sur le marché », ajoute Frédéric Gabizon. Elle a enfin été réalisée en quatre tranches avec des dates de call(option de remboursement par anticipation à l’initiative de l’émetteur) différentes : « Nous voulions avoir les durées de remboursement les plus longues possibles, indique Stéphane Tortajada.Ces tranches à maturités progressives nous permettent de lisser notre profil de remboursement afin d’en minimiser les pics. »

D’autres émissions attendues

Cette émission répondait moins à la défense de la notation de l’émetteur qu’à la recherche de financements longs. « Le financement de grands projets d’infrastructures est un sujet qui préoccupe de nombreuses entreprises au profil très capitalistique », observe Antoine Loudenot, responsable de la structuration d’instruments de capital chez Société Générale CIB, conseil sur les tranches en euros. « L’objectif de ce type d’émission est de faire coïncider le développement de nouveaux projets industriels, qui ne produiront pas tout de suite d’Ebitda, avec des financements à maturités longues dans une perspective d’optimisation actif-passif », précise Stéphane Tortajada. EDF cherchait avant tout à bénéficier d’un coût de financement de long terme attractif. « La durée moyenne de l’emprunt est de 10,5 ans avec un taux moyen de 5,25 % brut et 3,7 % après impôts, détaille le financier d’EDF.Cela équivaut à disposer de fonds propres à moindre coût pendant 10 ans. C’est à comparer à un coût du capital de 6 % pour le groupe et au rendement de l’action de 7,9 %. » Pour ce dernier, il y a clairement une place pour ce type de dette hybride dans le bilan du groupe entre la dette senior et les fonds propres. « EDF a vocation à constituer une tranche de dette hybride pérenne à moyen terme pour ses refinancements », poursuit Stéphane Tortajada qui, s’il ne prévoit pas de nouvelle émission de ce type cette année, vise 10 à 12 milliards d’euros d’obligations subordonnées à terme, en fonction des besoins du groupe et des conditions de marché. La dette obligataire s’élève à 46 milliards. « Avec cette opération, EDF change clairement la donne pour la dette hybride ‘corporate’ en offrant à ce marché, jusque-là confidentiel, de la visibilité », souligne Frédéric Gabizon.

Après cette émission « jumbo » d’EDF, précédée par le placement d’un milliard d’euros et de 400 millions de livres par Veolia, ce marché pourrait décoller cette année. « La pression exercée par le niveau de levier de certains ‘corporates’ dans un contexte de croissance faible ou d’environnement réglementaire difficile devrait pousser de nouveaux émetteurs à s’intéresser à ce type d’obligations », estime Antoine Loudenot. Il estime le stock de titres hybrides classiques à 35 milliards d’euros au niveau mondial et anticipe un doublement cette année. « De nombreuses sociétés sont sur les rangs, et les investisseurs ont de l’appétit pour ce type d’instruments, fait savoir le banquier.Les 'utilities' devraient rester très actives mais il devrait y avoir des émetteurs d’autres secteurs plus cycliques pour défendre leur 'rating', ou à ‘cash-flow’ récurrent et très capitalistique comme l’immobilier. » Après la période actuelle de black-out imposée par la publication des résultats, de nouvelles émissions sont attendues pour mi-février ou fin mars.

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