Entretien avec... Benoît Lallemand, senior research analyst de Finance Watch

« Le débat sur l’utilité du ‘market making’ est difficile »

le 11/10/2012 L'AGEFI Hebdo

Les propositions de révision de la directive MIF sont-elles satisfaisantes en matière de transparence ?

Ces textes sont dans une démarche de progrès, et vont au-delà des engagements du G20 sur les dérivés OTC en proposant, outre leur compensation organisée par Emir, leur négociation sur des plates-formes régulées. Dans le détail, il nous semble que la création des OTF (

organized trading facilities) n’était pas nécessaire : certains dérivés OTC (over-the-counter) pourraient, avec un peu de volonté, être « standardisables » aux normes des dérivés listés ; les autres pourraient continuer à s’échanger de gré à gré ou via les « internalisateurs systématiques ». Le texte du Parlement restreint d’ailleurs le champ des OTF.

Que penser du traitement du « trading haute fréquence » (HFT) ?

L’approche européenne sur le HFT est, globalement, plutôt ambitieuse avec une double aspiration : sur le contrôle des risques et des abus de marché (comme aux Etats-Unis), mais aussi sur la qualité de la liquidité. Sur ce point, la directive et le régulateur étendent leurs prérogatives aux stratégies des opérateurs (articles 17 et 51), aux structures de tarification, aux « pas de cotation », à la définition des obligations contractuelles des « market makers »... Nous nous réjouissons que ces éléments de microstructure de marché, parfois considérés comme du ressort des marchés eux-mêmes, soient rendus à leur enjeu d'intérêt public.

Pourquoi n’est-il pas plus simple de définir le « market making » ?

En théorie, cela devrait l’être. Mais MIF I, en organisant la fragmentation des marchés, a rendu nécessaire l’usage de ces market makers électroniques pour toutes les plates-formes. Mandats, « collocations », remises tarifaires... Les avantages fournis ont détourné ces teneurs de marché de leur rôle initial qui consistait à s’engager sur des prix avec des obligations de soutenir le marché dans des phases de liquidité plus délicates. Avec les technologies actuelles et les exemptions, ces opérateurs sont parfois les premiers partis, et la liquidité s’est plutôt dégradée.

Quid enfin du débat sur la protection des investisseurs ?

Le texte du Parlement serait pour nous un grave retour en arrière. On sait bien que la transparence « totale » vis-à-vis du consommateur n’est pas respectée. Et quand bien même, le client n’est pas toujours en mesure de comprendre. Il faut absolument aller vers une suppression des conflits d'intérêts à la source (comme l'interdiction des rétrocessions), quitte à prévoir que cela se passe de manière progressive...

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