La croissance, chaînon manquant

le 13/09/2012 L'AGEFI Hebdo

Au sortir d’un été qui aurait pu l’engloutir, la zone euro peut paraître mieux assurée sur ses bases. Deux événements majeurs justifient ce sentiment trompeur : la mise en place d’une véritable politique monétaire de combat et la décision de doter la zone euro d’une union bancaire. La première marque l’issue d’une longue bataille gagnée pour l’essentiel par Mario Draghi. Son but officiel est d’assurer la transmission de ses décisions monétaires dans toute la zone. Sous réserve qu’un accord formel soit passé par le pays bénéficiaire avec les fonds de secours européens, l’institut d’émission s’autorise à racheter sans limite de la dette souveraine à échéance de trois ans au plus (lire pages 12 à 14 et page 15). La clarification de la pensée européenne sur le sujet - à ces fonds les interventions sur les échéances longues, à la BCE celles sur les échéances courtes - et la prise de conscience générale qu’une dislocation de la zone euro était à l’œuvre du fait de primes de risque irrationnelles ont permis, avec le soutien tacite de Berlin, de lever les réticences quant à une intervention de la banque centrale, à l’exception notable mais unique de la Bundesbank.

L’union bancaire dont Bruxelles devait ce mercredi révéler les grandes lignes n’est pas moins importante. La confiance dans son système bancaire étant à la base de la confiance dans toute économie, la mise en route de ce chantier constitue un élément capital de réponse à la crise. Le chemin sera long, les embûches techniques et politiques nombreuses mais la fermeté de l’engagement politique pris en juin permet de penser qu’ils seront surmontés.

Cela suffira-t-il à ramener la confiance durable des investisseurs ? Pas tant que la zone euro ne définira pas de « policy mix » macroéconomique crédible. C’est le chaînon manquant de sa politique. Si l’Europe s’apprête à intensifier ses contrôles budgétaires, la crise n’a donné lieu à aucune convergence notable des politiques nationales, ni même à de simples rapprochements des points de vue. Le chacun pour soi est général, comme le montre le dialogue franco-allemand totalement stérile sur ce terrain. La réduction drastique des déficits prime partout sans qu’aucun chemin commun de croissance à moyen terme ait été sérieusement esquissé, si l’on veut bien considérer à leur juste valeur les mesurettes, d’ailleurs largement connues, concédées à François Hollande au printemps. Ne serait-il pas temps, par exemple, de pondérer les objectifs de politique budgétaire par le cycle économique, comme le suggèrent l'économiste Philippe Aghion et l'ancien patron du FMI Jacques de Larosière ? C’est de récession que l’Europe est menacée aujourd’hui, Allemagne comprise. Si elle s’avère collectivement incapable d’enrayer rapidement la spirale, ni la BCE ni l’union bancaire ne suffiront à garantir la normalisation des taux de marché.

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