Croire encore dans le G20

le 08/12/2011 L'AGEFI Hebdo

Al’heure où la zone euro joue sa survie, les professionnels de la finance n’ont pas le moral. Il est vrai que tous connaissent l’épreuve de la crise de dette souveraine. Banques, compagnies d’assurances, sociétés de gestion souffrent du terrible stress des marchés qui s’éternise. A l’approche du solde des comptes de 2011, il y a dans cette conséquence du désendettement accéléré des économies européennes de quoi assombrir les esprits les moins chagrins. D’autant que la crise a pris un tour si vicieux que les hypothèses les moins plausibles, allant jusqu’à la fin de la zone euro, ont pris avec le temps et les erreurs accumulées des décideurs européens une consistance angoissante.

L’enquête désormais annuelle que L’Agefi réalise auprès de ses lecteurs pour connaître leur jugement sur le chantier de la régulation porte la marque de cet état d’esprit. Aucun aspect de l’action entreprise depuis quatre ans ne trouve vraiment grâce à leurs yeux. De leurs réponses ressortent deux critiques principales. La première est que la régulation qui émerge est trop éloignée de la réalité du terrain. C’est vrai pour les plus grands dossiers, comme la perspective de mise en œuvre des nouvelles normes de solvabilité bancaire dites de Bâle III, avancée sans crier gare de six ans au sortir de l’été quitte à créer un risque de financement majeur pour l’économie ; c’est vrai aussi des points plus techniques, comme ceux relevant des normes comptables en changement incessant que les entreprises peinent à intégrer. La seconde critique tient à la conviction, pas toujours fondée, que l’effort demandé n’est pas le même pour tous. Le fameux level playing field paraît aux praticiens aussi inaccessible aux régulateurs que l’était le Graal aux Chevaliers de la Table Ronde.

Justifiée, la sévérité des lecteurs l’est sans doute sous bien des rapports. Mais il se peut aussi que, cédant à un travers bien français qui veut que toute réforme inachevée soit par le fait même à mépriser, la dureté des temps leur cache de réelles avancées. Le ministre de l’Economie et des Finances François Baroin a raison de le souligner, dans l’entretien qu’il nous a accordé (lire page 11). De sommet en sommet, c’est bien une véritable « organisation mondiale de la finance » qui se constitue peu à peu. La voici désormais dotée de la personnalité morale, tout comme son équivalent pour le commerce. On pourra toujours grincer, à l’imitation de Clémenceau, que lorsqu’on veut enterrer un problème, on crée une « organisation ». De fait, tout comme l’OMC, l’« OMF », si elle porte jamais ce nom, ne sera jamais garantie contre les échecs. Reste que sa création montre la détermination du G20 à labourer ensemble un immense nouveau champ de régulation. Certes, pas plus que son équivalent commercial, ce nouvel outil ne terminera sans doute jamais sa besogne. Est-ce une raison pour le sous-estimer ?

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