L'invité de L'Agefi

Crise de l’euro, une valse à trois temps

le 03/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Un plan, une annonce coordonnée et un début d’exécution crédibles, tels sont les ingrédients de nature à stabiliser la zone.

Par Georges Pauget, fondateur du cabinet Economie, Finance & Stratégie

La crise de l’euro dure. Pourtant, que de chemin parcouru depuis un an. On se souvient des premières déclarations de la chancelière allemande menaçant de ne pas soutenir les pays défaillants, sans exclure la possibilité qu’ils sortent de la zone euro. Après plusieurs tentatives ratées, trop tardives, le « paquet » de 750 milliards a apporté un peu de crédibilité. La Grèce, puis l’Irlande, ont bénéficié de mesures de soutien. La décision de prolonger le dispositif aux pays ayant des difficultés à se refinancer sur les marchés au-delà de 2013 a été prise. L’horizon a été dégagé. Néanmoins, à chaque nouvelle étape, des désaccords entre pays apparaissent soit sur l’interprétation des textes, soit sur les conditions de mise en œuvre. Cette cacophonie ne plaît pas au marché, réduit la portée des décisions prises et laisse subsister l’incertitude. Les craintes d’un éclatement de l’union monétaire sont toujours présentes.

Le débat a un fort contenu politique. Il repose sur la définition par les Etats de ce qu’ils entendent par souveraineté. Ce terme est certes fréquemment utilisé, mais n’y a-t-il pas lieu d’introduire, pour faciliter des évolutions qui sont nécessaires, une distinction entre souverainetés économique et politique ? La première a déjà été en partie transférée avec la naissance de l’euro et de la Banque centrale européenne. Les critères de convergence définis au moment de la création de la monnaie unique contenus dans le Pacte de stabilité matérialisent ce transfert. Observons toutefois que ce Pacte a été mis entre parenthèses et que les acteurs de marché peuvent considérer, non sans quelque raison, qu’il n’existe plus de règles communes au sein de la zone euro. Rétablir avec force et solennité ces règles, assorties dans leur mise en œuvre d’un calendrier crédible, est nécessaire, mais n’est sans doute plus suffisant. Dès lors que ces règles n’ont pas été respectées, la question des sanctions en cas de dépassement est posée avec d’autant plus de vigueur.

Imposer des sanctions à un Etat revient certes à remettre en cause sa souveraineté, mais d’un autre côté, il est défaillant. Est-il licite de sanctionner un Etat qui ne respecte pas ses engagements ? A notre sens, la réponse est, sans ambiguïté, positive. Il faut néanmoins y mettre les formes et si l’objectif de réduction du déficit budgétaire à atteindre doit être redéfini au niveau européen de façon globale, les moyens doivent être, eux, décidés au niveau national, sous réserve qu’ils soient crédibles et appréciés comme tels. Ce qu’il y a lieu de faire vérifier par une autorité indépendante. Les progrès peuvent être réels, mais ils sont aussi nécessairement progressifs, et de ce fait peuvent être jugés trop lents ou en tous les cas en décalage avec les attentes d’un marché qui demande plus de réactivité et de détermination. Le temps du marché est l’instant, le temps des politiques est plus long, plus incertain aussi quand on recherche un compromis ou un consensus. La sanction n’est pas la même non plus : la perte de valeur pour le marché, la perte de pouvoir ou la dégradation de l’image dans l’opinion pour le politique.

Si temps du marché et politique ne s’accordent pas, ils ne sont pas non plus, l’un ou l’autre, en phase avec le temps de l’économie. Il s’écoule plusieurs mois, parfois une petite année, avant que les impulsions de politique monétaire, qu’elles s’exercent par la voie des taux ou pour une politique quantitative, ne fassent sentir leur plein impact sur la croissance et sur l’emploi.

Ainsi, le temps des marchés, celui de la politique, des incitations monétaires et de l’économie ne sont pas spontanément alignés. Cependant, si l’on veut réduire l’instabilité des marchés et son effet perturbateur sur l’économie, il faut créer de la cohérence entre ces divers mouvements. Cela ne peut se faire que s’il y a des objectifs politiques européens clairs, exprimés avec une certaine flexibilité au cours du cycle pour tenir compte de la diversité des situations nationales. Objectifs déclinés en termes budgétaires bien sûr, mais aussi objectifs économiques globaux en termes d’effort d’investissement et d’amélioration de la compétitivité avec, en outre, un commencement d’exécution coordonné.

Un plan, une annonce coordonnée et un début d’exécution crédibles, tels sont les ingrédients de nature à stabiliser la zone euro. Mais c’est un chemin politique difficile car il faut, pour le tracer, accepter de se poser la question du contenu de la souveraineté d’un Etat et ne pas se contenter de se servir de ce mot symbole pour demeurer dans l’attentisme.

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