Credo intempestif

le 10/11/2011 L'AGEFI Hebdo

Deux semaines après le Sommet de Bruxelles, les choses bougent enfin, et rapidement, en Europe. Son looping sur le référendum s’étant mué en vrille, Georges Papandreou va prendre un repos bien mérité, et c’est apparemment le banquier central Lucas Papademos qui mettra en œuvre les engagements si âprement négociés. Connaissant l’administration grecque et sa remarquable aptitude à manquer ses objectifs, de nouvelles mauvaises surprises sont à attendre sur l’évolution budgétaire. Mais au moins la nouvelle équipe pourra-t-elle s'appuyer sur un large consensus politique qui avait manqué à la précédente. Compte tenu des lourdes dépréciations acceptées par les banques, le risque grec, quoique toujours obsédant, paraît en voie de cantonnement.

Mardi, le Parlement italien s’apprêtait de son côté à trancher lui aussi le sort du gouvernement. S’il avait la bonne idée d’inviter Silvio Berlusconi à accompagner son ami grec en villégiature définitive, un deuxième pas, essentiel, serait encore franchi. La voie serait libre pour qu’émerge une nouvelle légitimité politique capable d’impulser les réformes à même de remettre les taux italiens sous contrôle. Mais si, par malheur, l’instabilité devait persister outre-monts, l'échafaudage financier érigé par l’Europe serait rapidement sollicité. Or il est pour l’heure plus que bringuebalant… (lire L’Evénement pages 8 à 11).

Rien d’étonnant à cela. Son effrayante complexité n’est que la contrepartie de l’absence de consensus en zone euro sur des points clés de la gouvernance économique et monétaire. L’Allemagne ayant choisi de jouer, à l'instar du Méphisto de Faust, le rôle de « l’esprit qui nie tout », ses « nein » réitérés aux propositions avancées ici et là pour cause d’orthodoxie insuffisante pour les faire avaler à l’électeur allemand ont beaucoup compliqué l’équation de base. Si l’on peut partager le refus de lever l’interdiction faite à la BCE de monétiser purement et simplement la dette des Etats en difficulté, un peu de souplesse quant au rôle de la banque centrale de refinanceur ultime du système de sauvetage est en revanche indispensable. De même, son refus de donner aux DTS un rôle dans la structuration du Fonds européen de stabilité financière (FESF) est très critiquable. Si l’Allemagne n’admet pas qu’une situation de crise qui met en péril imminent non seulement la zone euro, mais toute l’Europe et l’économie mondiale derrière elle exige de prendre ses distances avec son bréviaire monétaire, alors ses protestations de vouloir « tout faire » pour consolider la monnaie unique sont à prendre à bout de fourche. C’est d’ailleurs ce qu’ont fait les pays émergents qui se sont sagement abstenus de tout geste à l’égard du FESF en attendant d’y voir plus clair. L’ingénierie financière a ses limites. Il est plus qu’urgent que bon gré mal gré, Berlin finisse par l’admettre. 

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