Crédit Foncier réussit son émission obligataire auprès des particuliers

le 16/02/2012 L'AGEFI Hebdo

La filiale de BPCE a fait le pari du web pour attirer les investisseurs et suscité près de 1 milliard d’euros d’offres. De quoi diversifier ses financements.

Mission accomplie. Le Crédit Foncier aurait levé près de 1 milliard d’euros lors de l’émission d’obligations aux particuliers, selon L’Agefi Quotidien. Un chiffre non confirmé par la banque mais en tout cas bien supérieur à ses prévisions les plus optimistes. Acteur traditionnel du marché obligataire, la filiale de BPCE n’avait pas fait d’appel direct aux épargnants depuis 2002. Clôturée le 12 février après quatre semaines de souscription, cette émission porte sur des obligations à échéance 6 ans offrant un coupon annuel de 4,25 %.

Ne disposant pas d’un réseau bancaire de détail et ne pouvant passer par celui de sa maison mère BPCE qui réalisait au même moment sa propre émission obligataire auprès de sa clientèle, le Crédit Foncier a fait le pari d’internet. « La principale innovation de cette émission est dans la manière de placer les titres et dans leur accessibilité au plus grand nombre », souligne Vincent Michon, directeur marketing opérations financières de Crédit Foncier. Une partie a été distribuée via un site dédié permettant aux investisseurs de réserver les obligations. Un outil idéal pour répondre à ce mode de distribution désintermédiée : « L’idée était d’éviter, pour cette première opération, les réseaux bancaires classiques et donc des frais de commercialisation trop élevés », poursuit-il. C’est pourquoi le Crédit Foncier a aussi privilégié un certain type d’intermédiaires pour placer ses obligations : Boursorama Banque, une banque en ligne, ainsi que la banque privée Oddo et UGP pour s’assurer un large éventail d’investisseurs potentiels. Un choix pertinent puisqu’il a permis d’attirer des investisseurs avec de gros tickets.

Au total, le coût du placement est de l’ordre de 0,92 % par obligation de 100 euros de nominal, ce qui est inférieur à ce qu’aurait coûté une opération auprès d’un réseau bancaire de détail traditionnel, plutôt compris entre 1,5 % et 2 %. Un véritable frein au développement de ce type d’émission. Au-delà des frais liés au placement des titres, les coûts marketing et de communication ont dépassé 3 millions d’euros, sans compter ceux liés au lancement du site internet.

Evolution structurelle du marché

Autre frein important au développement de ce type d’opération : la liquidité réduite du marché secondaire. Dans le cadre de cette grosse opération, il semblait justifié pour le Crédit Foncier de passer un contrat d’animation, et Natixis en a été chargé. « Notre apporteur de liquidité s’engage à établir, chaque jour, une cotation à l’achat et/ou à la vente, indique Vincent Michon. Natixis doit être présent pour une quantité en principal minimum de 1.000 euros par ordre et pour un engagement de traiter l’opération s’il y a accord entre les parties sur la quantité et le prix. » D’autre part, les agents placeurs en primaire réaliseront également la liquidité des titres émis.

Le cas du Crédit Foncier est loin d’être isolé. Depuis la crise, les émetteurs cherchent à diversifier leurs sources de financement. Dès l’été 2009, EDF avait remis au goût du jour les obligations auprès du grand public. Une opération qui avait permis à l’électricien de lever 3,2 milliards d’euros auprès de 270.000 particuliers ! Depuis, plusieurs régions françaises ont fait appel public à l’épargne pour se financer. Pionnière en la matière en 2009 avec une émission de 80 millions d’euros, Pays de la Loire a été suivie par le Limousin et l’Auvergne l’an dernier pour 25,6 et 20 millions d’euros respectivement. En revanche, sur le terrain des corporates, les émissions obligataires ont, après EDF, essentiellement concerné des sociétés de petite taille (Overlap, Auplata…).

« Ce genre d’opération très médiatisée auprès d’un large public et réalisée par des signatures de renom comme EDF ou Crédit Foncier a beaucoup de vertus pour ce type de produit peu connu des particuliers », note Mathieu Chabran, responsable des investissements chez Tikehau AM, société de gestion spécialisée dans les obligations corporate. Pour ce professionnel, ces émissions vont se développer. La désintermédiation répond à une évolution structurelle du marché tant du point de vue réglementaire, avec les nouvelles règles prudentielles Bâle III, que du coût du financement pour les banques : « Lorsque le coût du ‘funding’ est de 200 points de base (pb), les banques ne peuvent prêter à 50 pb. Donc la transformation ne fonctionne plus, expose-t-il. Les entreprises doivent faire évoluer leurs moyens de financement car cela ne peut plus seulement reposer sur les banques. » Pour ces dernières, cela permet de diversifier les sources d’argent frais. Cette première émission de Crédit Foncier aux particuliers devrait être suivie par d’autres dans les prochains mois. La banque compte lever en moyenne 1 milliard d’euros par an d’ici à 2016 par ce biais.

MODALITES

- Montant de la demande : près de 1 milliard d'euros

- Echéance : 24 février 2018

- Prix d’émission : 100 % (100 euros)

- Coupon : 4,25 %

- Prime* : 152 points de base

- Etablissements placeurs : Crédit Foncier, Boursorama Banque, Oddo, UGP

- Contrat de liquidité : Natixis

*spread en points de base par rapport à l’OAT 6 ans

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