Dossier Fusions-Acquisitions

Les conseils des fonds annoncent un retour des LBO primaires

le 09/01/2014 L'AGEFI Hebdo

Rothschild domine toujours le conseil au « leveraged buy-out », qui repart modérément malgré des financements peu chers.

Le marché des LBO (leveraged buy-out ou acquisition avec effet de levier) est globalement bien reparti sous la poussée des méga-opérations aux Etats-Unis (Heinz pour 27 milliards de dollars, Dell pour 19 milliards). Il regagne ainsi 16 % au niveau mondial, avec 358 milliards de dollars selon Thomson Reuters, et même 31 % au niveau européen avec 101 milliards de dollars échangés. En France, les opérations comprenant des fonds restent stables, avec près de 21 % des volumes sur notre échantillon de 103 milliards d'euros. Rothschild continue d'y être la référence, le conseil à des fonds d’investissements ayant encore représenté 36 % de son activité cette année, avec notamment les cessions sur Printemps, Allflex, IPH, ADB, FTE Automotive, Arkadin, Qioptiq, et les acquisitions de SMCP, Inseec, Peters Surgical, Webedia, Lowendal Masaï, Babilou, etc.

Derrière Rothschild, on trouve Morgan Stanley au coude à coude avec Lazard, autre boutique qui maintient son activité de conseil aux fonds avec Permaswage, Snacks Europe, Laboratoires Anios (à la vente) ou Maisons du Monde et Kardex Stow (à l’achat). Les grandes banques de financement sont moins présentes. L’opération sur Allflex, la plus grosse de l’année en France avec 1,03 milliard d’euros, a cependant fait débat, l’acheteur ayant été davantage conseillé, au final, par Messier Maris et Morgan Stanley. La banque américaine a également participé aux opérations TCW et Inseec (à la vente) ou IPH et FTE Automotive (à l’achat), tandis que Goldman Sachs a notamment organisé la cession d’OGF pour 900 millions au fonds russe Pamplona (conseillé par Bucéphale Finance et JPMorgan). Parmi les autres transactions au-dessus de 200 millions, notons celles sur Socotec, Flexitallic, Servisair, Campbell Soup, Trescal ou Roche Bobois. Rothschild devance BNP Paribas en nombre de transactions.

Fonds devenus prudents et disciplinés

Crédits syndiqués, obligations à haut rendement (HYB), placements privés, dettes unitranches... les marchés de la dette ont encore, sur la lancée de 2012, été très ouverts aux fonds de private equity qui souhaitaient faire des deals. Ceux-ci n’ont jamais eu autant de fonds à investir : 1.074 milliards de dollars à l’échelle mondiale, selon Preqin, dont plus de la moitié pour des LBO ! Pourtant, seules neuf opérations au-dessus de 500 millions d’euros ont été bouclées en France en 2013 (en attendant probablement Diana Ingrédients en janvier)… « C’est un signe que les fonds sont devenus plus disciplinés. Ils regardent plusieurs fois avant d’investir et cela me semble plutôt sain », note Arnaud Bouyer chez Morgan Stanley. Si les multiples d’acquisition sont revenus à leurs plus hauts, avec désormais jusqu’à 7 fois l’Ebitda en dette, cela ne concerne que les plus « beaux actifs ». L’opération sur Elior, qui s’annonçait comme la plus importante, ne s’est pas encore faite autour de 4 milliards comme l’espéraient ses actionnaires (Charterhouse, Robert Zolade, Chequers) quand, au printemps, ils trouvèrent 3 milliards de financement en dette. On parle même aujourd’hui plutôt d’introduction en Bourse… Grâce à une moindre volatilité des marchés actions, « les introductions en Bourse réapparaissent comme une alternative avec des valorisations attractives depuis quelques mois, et peuvent accélérer le marché M&A, voire mettre un peu de pression dans les enchères », reconnaissent Emmanuel Hasbanian et Julien Fabre, co-responsables de l’activité chez Deutsche Bank à Paris, se référant aux opérations réussies de Numericable, Tarkett ou encore Moncler.

Les LBO de grande taille sont-ils encore possibles avec des perspectives de retour limités sur les ETI de pays à la croissance faible ? « Oui, comme on l’a vu cette année en Allemagne avec Ista (3,1 milliards d’euros) et Springer Science (3,3 milliards), répond Arnaud Bouyer. Il s’agissait de LBO secondaires, mais on voit à nouveau venir d’importants LBO primaires, même s’il n’y aura plus de projets de plusieurs dizaines de milliards d'euros comme en 2006 », poursuit le banquier conseil. Les actifs faciles à exporter (comme SMCP) ont plus de chances que les actifs « sédentaires » (comme Vivarte dans la distribution). Les institutionnels investisseurs dans les fonds ne souhaitent plus être exposés plusieurs fois sur un même dealà travers des consortiums. Les plus gros préfèrent investir en direct (comme CPPIB sur Orpéa début décembre), avec des horizons d’investissements plus longs et des attentes de rendements plus faibles qui pourraient avoir des conséquences sur les prix…

L'année 2013 aura aussi été celle des restructurations (non prises en compte ici) pour des banques comme Lazard et Rothschild, avec Mediannuaire-Solocal (PagesJaunes), Parkeon, la Saur, Via Location, Consolis, RLD, Frans Bonhomme, Un jour Ailleurs, Terreal, Camaïeu, ACG, voire Materis ou Winoa qui, comme CEPL, doivent sortir prochainement via des cessions industrielles. Heureusement, dans ces cas-là comme dans les LBO et les IPO (initial public offering), on constate depuis peu un regain d’intérêt des investisseurs étrangers (notamment américains) pour les actions européennes, se réjouissent les banquiers d’affaires.

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