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Le conseil financier indépendant tire son épingle du jeu

le 29/08/2013 L'AGEFI Hebdo

Eight Advisory et Accuracy prévoient des taux de croissance à deux chiffres de leur activité et rivalisent avec les Big 4

Le conseil financier indépendant tire son épingle du jeu - Photo : Fotolia

Au cours des dernières années, l’émergence de cabinets de conseil financier indépendants en France a rebattu les cartes au sein d’un secteur dominé par les Big 4  (Deloitte, Ernst & Young, KPMG et PwC). Accuracy, créé en 2004, et Eight Advisory, né cinq ans plus tard, montent en puissance et rivalisent désormais avec ces quatre mastodontes sur certains segments d'activité. Après une hausse de 7,3 % l’an passé, le chiffre d’affaires d’Accuracy a progressé de 25 % sur les sept premiers mois de 2013 et devrait dépasser les 50 millions d’euros cette année (en intégrant l’activité hors de France), affichant ainsi une croissance de plus de 13,5 %. Eight Advisory, dont les revenus ont crû de 15,5 % en 2012, à 31,9 millions d’euros, vise 55 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2016, soit une croissance annuelle moyenne de 14,5 %. « Les Big 4 ont mécaniquement perdu des parts de marché en France avec l’arrivée d’Accuracy et Eight Advisory », observe Olivier Chaduteau, associé fondateur du cabinet de conseil en alignement stratégique Day One.

Un modèle d’activité équilibré

Le caractère indépendant de ces cabinets, qui se définit par leur gouvernance mais surtout par le fait qu’ils n'effectuent pas, comme les Big 4, de missions de commissariat aux comptes, leur offre un champ plus large. « En tant que commissaire aux comptes, de par la réglementation et la responsabilité pénale, un grand nombre de missions de conseil, dites Channel 2, sont incompatibles, explique Olivier Chaduteau. Ernst & Young (EY), numéro un dans le commissariat aux comptes en France, doit exclure de son périmètre près de la moitié des entreprises du CAC 40 pour ces missions. » « Notre indépendance est un atout majeur pour les grandes entreprises, ce qui nous permet d’étoffer nos parts de marché », confirme Pascal Raidron, président d’Eight Advisory. Ricol Lasteyrie, qui souhaitait développer ses activités de conseil, a fait le choix en 1989 de quitter l’audit, son métier d'origine. « Du fait des conflits d’intérêt, le champ de nos clients potentiels aurait été trop fortement réduit », explique son directeur général, Jean-Charles de Lasteyrie. Dès lors, « la croissance des Big 4 reposant sur un périmètre plus restreint, les cabinets indépendants devraient continuer à prendre des parts de marché », juge Olivier Chaduteau.

Dans les activités de support aux transactions, « le point d’équilibre entre les six premiers acteurs (PwC, EY, Eight Advisory, Deloitte, Accuracy et KPMG), qui contrôlent plus des deux tiers du secteur du conseil en due diligence en France, semble désormais atteint. Dans les trois à cinq prochaines années, les lignes devraient bouger au sein de ce palmarès : Eight Advisory et Accuracy pourraient reléguer le premier des Big à la troisième place du podium », estime le fondateur de Day One. Dans les activités de restructuration, « Eight Advisory est actuellement leader, au coude à coude avec EY. Alors qu’Accuracy est en train de se développer sur ce marché depuis peu, parviendra-t-il à se hisser sur le podium ? », interroge Olivier Chaduteau. Face à un marché des fusions-acquisitions actuellement en berne, les activités contracycliques telles que la restructuration confèrent aux cabinets l’avantage d’un modèle équilibré. « La part de notre activité 'support aux transactions', qui représentait historiquement plus de 50 % de nos revenus, s’est réduite à 30% sur les sept premiers mois de 2013. Sur cette période, nos interventions sur les entreprises en difficulté ont pris de l’importance, représentant 25 % du chiffre d’affaires (contre 15 % en 2012) », indique Frédéric Duponchel, PDG d’Accuracy. Chez Eight Advisory, les revenus générés par le pôle restructuration ont crû de 12 %, à 12,1 millions d’euros en 2012. Par ailleurs, « lorsqu’il y a moins de transactions, les clients se concentrent sur la valorisation de leurs actifs et ont ainsi recours de façon accrue à nos compétences en matière d’évaluation », relève Jean-Charles de Lasteyrie. Dans cette ligne métier, terrain de prédilection du cabinet ainsi que des Big 4, Eight Advisory cherche à se faire une place. Le cabinet mise pour y parvenir sur le récent recrutement d’Alexis Karklins-Marchay, ancien expert d’EY dans ce domaine. Parallèlement, « l’essor que connaît le marché du support au contentieux aux Etats-Unis est en train de se répliquer en Europe. Dans l’Hexagone, Finexsi, Ricol Lasteyrie et Accuracy dominent ce marché, où Eight Advisory a réalisé une belle percée et où les Big 4 ont plus de difficulté à s’imposer. Les prescripteurs les plus actifs sur ces dossiers sont en effet les cabinets d’avocat indépendants, qui privilégient leurs homologues dans le conseil », explique Olivier Chaduteau. 

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