Lawrence White, professeur d’Economie à la Stern School of Business de l’Université de New York

« Pour les conflits d'intérêts, la loi Dodd Frank a été insuffisante »

le 12/12/2013 L'AGEFI Hebdo

Les « Big Three » ont-elles tiré les leçons de leurs erreurs durant la crise de 2008 ?

Elles ont appris de leurs erreurs passées, même si nous n’en serons sûrs qu’à la faveur d’une nouvelle crise ou d’ici à plusieurs années.

Quel est le bilan de la loi Dodd Frank ?

Il est mitigé. La transparence n’était pas vraiment en cause mais plutôt le fait qu'il n'y avait qu'une poignée d'agences pour noter les titres hypothécaires. Ces agences ont été soumises à la pression des émetteurs pour produire des notations excessivement optimistes, d’où un conflit d'intérêts. Or, sur ce point, la loi Dodd Frank a été un peu efficace, mais insuffisante.

En quoi cette réforme affecte la stratégie des trois agences ?

Elles sont plus prudentes et bien conscientes que leur réputation, en particulier dans les titres hypothécaires, a été sérieusement ternie. Elles font des efforts pour y remédier et prévenir tout conflit potentiel.

Qu’en est-il de leur mode de fonctionnement ?

Il n’y a pas eu de grand changement dans ce domaine. Tout d’abord parce que cela n'était pas nécessaire pour les titres corporate, municipaux ou souverains.Par ailleurs, peu de choses ont changé pour les titres hypothécaires résidentiels depuis la crise et donc nous ne savons pas vraiment comment réagiraient les agences de notation en cas de nouveau problème. Du fait du lien étroit entre les « Big Three » et les émetteurs, les petites agences de notation et d’autres voix ont encore du mal à se faire entendre. La loi Dodd Frank préconise que les organismes de réglementation rompent ce lien. D’aucuns ont malheureusement traîné des pieds pour mettre en œuvre la réforme.

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