La Compagnie Financière Tradition prête à élargir son champ d’action

le 07/04/2011 L'AGEFI Hebdo

Loin de se jeter dans des bras concurrents, le courtier interbancaire lance une plate-forme électronique et s’intéresse au post-marché.

La redistribution des cartes est certaine, mais « le jeu est ouvert, constate Axel Pierron, senior vice-president chez Celent. Le débat se situe aujourd’hui autour des dérivés, y compris dans le dossier de rapprochement entre Nyse-Euronext et Deutsche Börse. » Il concerne ainsi toute la chaîne des opérations de marché et tous les types d’acteurs. La Compagnie Financière Tradition (CFT) en vente ? La rumeur lâchée par l’agence Bloomberg s’est diffusée comme une traînée de poudre depuis l’Angleterre, où siège Tullett Prebon, numéro deux du courtage interbancaire désigné comme repreneur, à la Suisse, où est coté le numéro trois des inter-dealer brokers (IDB) détenu à 67,29 % par Viel & Cie.

Plusieurs facteurs pouvaient la rendre crédible : les résultats 2010 en baisse de CFT et une évolution possible du capital de Viel & Cie, sur la part de Lagardère (L’Agefi Edition de 7 heures du 1

eravril), alors que l’IDB représente 97 % du chiffre d’affaires de sa maison mère et seulement 63 % de son résultat net. Pour ménager son avenir, Patrick Combes, actionnaire majoritaire de Viel, n’a-t-il pas donné la présidence de sa société à Georges Pauget, ancien directeur général de Crédit Agricole SA aujourd’hui très actif sur la Place de Paris (lire page 25) ?

Diversification

« Les IDB sont engagés dans une course aux volumes et aux économies d’échelle, cherchant à se diversifier sur différentes zones et classes d’actifs, rappelle Axel Pierron. Les observateurs s’attendent à une nouvelle consolidation, au-delà de ces acteurs mondiaux qui ne sont qu’une poignée. » Patrick Combes est pourtant ferme : CFT n’a pas besoin d’un rapprochement. Le courtier chercherait plutôt à se diversifier.

Tradition a ainsi pris 30 % de CM Capital Market, surtout pour accéder au marché brésilien. Quant à son accord avec Ping An, il relève d’un « cheminement long », souffle Patrick Combes. La coentreprise logée dans le berceau de l’assureur chinois, à Shenzen, pourrait ouvrir à Pékin ou Shanghai l’an prochain. Toutefois, « les chiffres restent marginaux », note Patrick Combes, alors que Tradition réalise déjà 20 % de son activité en Asie-Pacifique. En attendant, l’IDB s’ouvre de nouveaux horizons en lançant Trad-X. Cette plate-forme permettra des négociations sur swaps de taux d’intérêt en euros. « Huit grandes banques (BNP Paribas, Citi, Goldman Sachs, HSBC, Morgan Stanley, Société Générale, RBS et UBS, NDLR) permettront une négociation dynamique avec des écarts de taux les plus étroits possibles, offrant un supplément de liquidité », souligne Patrick Combes. A ce « noyau dur », qui apporte sa capacité à générer des flux sans être associé au capital, pourrait s’ajouter un établissement asiatique. De la sorte, Tradition rejoint ses concurrents, en particulier Icap (numéro un du secteur) qui dispose de plusieurs plates-formes électroniques.

Dans tous les cas, le président de Tradition prône des solutions « en symbiose avec des banques de différentes origines », plutôt qu’une politique de rachat (le London Stock Exchange lui a soufflé la plate-forme Turquoise) ou que des solutions de Place (notamment en vue d’une compensation des contrats de gré à gré standardisés). Evoquant les négociations électroniques automatisées (Straight-Through Processing, STP), il pourrait ainsi avoir « d’autres ambitions ». GFI Group, numéro quatre un temps fiancé à Tullett Prebon, s’est déjà positionné sur le STP qui recouvre toutefois différentes réalités.

Post-marché

« La mise en place d’une approche STP peut se faire dans l’infrastructure de l’entreprise ou entre l’institution financière et ses différents partenaires, rappelle Axel Pierron. La standardisation des contrats est plus fondamentale du fait de l’évolution vers une compensation centralisée des contrats de gré à gré : elle renforcera l’automatisation, de la négociation au règlement/livraison. Les CCP (central clearing systems, NDLR) vont jouer un rôle stratégique. La filiale de clearing du CME vient d’ailleurs de se lancer sur les dérivés non listés (OTC) en Europe. » Dans le même temps, l’avenir de la chambre franco-britannique LCH Clearnet, bien positionnée sur ce créneau, est en suspens : 40 % de son activité dépend de Nyse Euronext.

« Nous sommes intéressés par les activités de post-marché », lâche Patrick Combes qui reconnaît que son groupe n’a pas les moyens de disposer de sa propre chambre de compensation mais pourrait en être un partenaire. Il n’a pas encore dévoilé son jeu.

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