Rencontre avec... Henri Emmanuelli, président de la Commission de surveillance de la Caisse des dépôts

« Les collectivités locales n’intéressent plus beaucoup les banques »

le 04/10/2012 L'AGEFI Hebdo

Propos recueillis par Sylvie Guyony

L’enveloppe de 3 milliards d'euros qui vient d’être mise à la disposition des collectivités préfigure-t-elle une forme d’intervention pérenne de la Caisse des dépôts ?

Cette enveloppe destinée aux collectivités locales et aux établissements de santé est une conséquence du désengagement de Dexia qui jouait un rôle central dans leur financement. C’est la seconde de l’année. Au total, notre intervention s’élève à 5 milliards d’euros, issus des fonds d’épargne. A moins d’un impondérable, il ne devrait pas y en avoir d’autre.

Les besoins sont-ils donc couverts ?

Les collectivités locales assurent 70 % de l’investissement public et contribuent fortement à remplir les carnets de commandes des entreprises de travaux publics et du bâtiment. Avec le faible taux de croissance attendu, il ne s’agit pas de ralentir. Or nous sommes face à une anomalie : sur le terrain, les élus expliquent qu’ils ne trouvent pas suffisamment de crédits auprès des banques. A la Fédération bancaire française, on montre des chiffres conformes aux engagements, soit environ 11 milliards d’euros de nouveaux prêts. J’aimerais comprendre comment chacun fait ses comptes.

Le secteur bancaire doit atteindre les ratios de liquidité de Bâle III qui rendent plus difficiles les financements à long terme…

Les banques préfèrent accorder des crédits immobiliers peu chers aux particuliers et récupérer ainsi leurs comptes de dépôts. La trésorerie des collectivités locales, elle, est logée dans les comptes publics du Trésor. Dans le passé, les banques trouvaient intérêt à financer les collectivités lorsque leurs marges étaient élevées et dans la mesure où le risque était faible. Aujourd’hui, les marges sont faibles, et en l’absence de dépôts, ces mêmes collectivités locales n’intéressent plus beaucoup les banques. Les considérations sur la réglementation de Bâle III viennent après.

A lire aussi