La cité musicale de l’île Seguin inaugure les « project bonds » français

le 12/09/2013 L'AGEFI Hebdo

Très attendus, ces instruments voient le jour dans un montage où Allianz GI intervient en investisseur unique.

Le projet de l’île Seguin n’est pas seulement original par son objet, une cité musicale avec double salle de concert. Son financement prévoit l’émission d’obligations, une nouveauté. Montages toujours complexes et ad hoc, les projets sont traditionnellement financés par des banques. En l’occurrence, dans le partenariat public-privé (PPP) de la cité musicale de Boulogne-Billancourt, le Conseil général des Hauts-de-Seine a passé contrat avec Bouygues pour la construction de l’ouvrage, et avec Sodexo et TF1 pour son exploitation. Comme dans un PPP classique, les « sponsors » interviennent en fonds propres, avec le fonds OFI Infravia qui fournit 80 % du capital, de 16 millions d’euros au total. Côté dette, après un crédit de construction sur trois ans octroyé par HSBC, arrangeur et coordinateur global des financements, Bank of Tokyo Mitsubishi et Bayern Landesbank, un financement obligataire prendra le relais en juin 2016, pour le même montant de 127 millions d’euros, sur une durée de 27 ans. Une première très attendue. « Cette émission d’obligation de projet ('project bond') intervient après de nombreux efforts et recherches, de notre part comme de celle de grands groupes tel Bouygues, pour développer des solutions obligataires dans le financement de projet, explique Virginie Grand, responsable des financements de projets Europe chez HSBC. Un travail d’éducation a été nécessaire afin d’ouvrir ainsi les PPP à la liquidité des investisseurs. »

Des considérations réglementaires autant qu’une logique financière ont favorisé cette évolution. Alors que se raréfient les financements bancaires à long terme, les assureurs trouvent là, outre une diversification, des actifs longs en adéquation avec leurs passifs. Dans un contexte de taux bas, la recherche de rendement joue aussi, même si les prix restent favorables pour l’émetteur. « Il y a actuellement plus de liquidité que de projets, donc une certaine pression bénéfique aux prix de ces financements », remarque Christophe Bruguier, directeur financement de projets en charge de la transaction chez HSBC. De fait, dans le projet de l’île Seguin, l’investisseur, Allianz GI, souscrit un risque de puissance publique : l’obligation correspond à un crédit d’exploitation assis en totalité sur un escompte en mode Dailly de créances sur le département des Hauts-de-Seine, si bien qu’aucun rehaussement n’a été nécessaire.

Le montage a toutefois dû surmonter des contraintes techniques. Ainsi, la créance Dailly dont bénéficient les PPP français ne peut être destinée qu’à une banque, et HSBC s’intercale donc entre Allianz GI et la société de projet, pour céder ensuite cette créance à un FCT (fonds commun de titrisation), lequel émet les obligations. D’où des surcoûts juridiques et un travail d’explication pour Allianz GI auprès des assureurs du groupe pour lesquels il investit. L’opération n’en a pas moins été bouclée en un temps record, entre avril 2013 où a été choisi le consortium Bouygues et juillet où le financement a été clos.

Début prometteur

Allianz GI fait figure de précurseur sur le marché. « La politique générale du groupe Allianz est de développer les financements par dette d’infrastructures. La cité musicale de l’île Seguin représente le premier projet bouclé par l’équipe montée à cet effet il y a près d’un an, déclare François-Yves Gaudeul, directeur dettes d’infrastructures chez Allianz GI. Nous nous positionnons principalement sur la dette primaire, dont le montage et la structuration prennent plusieurs mois. Nous avons plusieurs financements de projets en cours d’étude. »

De fait, les projects bonds ne sont d’ores et déjà plus une curiosité. « On assiste, en Europe et ailleurs dans le monde, à un développement des obligations de projet, notamment au Royaume-Uni, en Allemagne et bientôt aux Pays-Bas », précise Virginie Grand.

Il s’agit souvent d’opérations moyennes et OFI Infravia, spécialisé sur ce créneau, entend en tirer parti. « Le flux des PPP a certes ralenti mais il reste satisfaisant, et nous comptons investir dans les quatre ans, comme prévu, une partie de notre deuxième fonds, qui dispose aujourd’hui de 400 millions, selon son objectif initial, mais devrait atteindre 500 à 600 millions », confie Vincent Levita, président et directeur des investissements d'OFI Infravia.

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