Cheuvreux va devenir le département européen d’un courtier global

le 02/02/2012 L'AGEFI Hebdo

Le courtage de Crédit Agricole effectue sa mue. L’accord avec le chinois Citics n’est pas encore bouclé.

Les suppressions de postes prévues par Crédit Agricole SA (CASA) dans sa filiale de banque de financement et d’investissement (BFI) recouvrent une réalité propre au groupe : la restructuration de ses activités de courtage, avec ses ressorts spécifiques. Dans le cadre du « plan d’adaptation » de CA CIB, c’est d’abord à l’étranger que les métiers de la BFI sont touchés. Pour ceux du courtage c’est surtout à Paris, chez CA Cheuvreux (lire le tableau). En décembre, CASA a communiqué sur le périmètre global de CA CIB. Mais ce n’est que ce lundi 30 janvier que la direction du courtier européen a réuni un comité d’entreprise extraordinaire. Sous deux semaines, elle devrait exposer ses motivations économiques complètes. « Après cette étape, sous quinze jours, nous connaîtrons les mesures sociales, précise un représentant du personnel. C’est à ce moment-là que les négociations vont commencer. La mise en œuvre débutera lorsque le plan sera validé - sans doute en mai ou juin. »

Nouvelle gouvernance

Rapprocher les deux courtiers du groupe, l’européen Cheuvreux et l’asiatique CLSA, serait donc un moyen de dépasser la situation intrinsèque du premier. Hérité du Crédit Lyonnais et d’Indosuez, CLSA a été totalement intégré lorsque CASA a repris au management la part de capital qu’il détenait encore en 2009. Alors déjà, le courtage avait dû s’adapter au ralentissement de l’activité et au plan de « recentrage et développement » de CA CIB, enregistrant 75 suppressions de postes chez Cheuvreux et 160 chez CLSA. En outre, les deux entités s’étaient vu fixer des objectifs communs. En 2010, elles avaient notamment lancé à 50-50 une offre de « global portfolio trading ». Des efforts insuffisants pour rentabiliser ces activités de volumes.

« Dans une industrie qui se concentre autour d’un nombre resserré d’acteurs, les commissions se sont aussi restreintes, souligne Jean-Yves Hocher, directeur général de CA CIB. Cheuvreux et CLSA, avec leurs bases régionales, renvoient à un modèle qui ne correspond plus aux besoins des investisseurs dont le rayonnement est international. En les fusionnant, nous constituons un intervenant mondial. » Pour cela, une nouvelle gouvernance a été mise en place en septembre dernier. Alors que Jean-Claude Bassien était PDG de Cheuvreux depuis 2010, les fonctions de président et de directeur général ont été séparées. La première est revenue à Jonathan Slone, déjà PDG de CLSA (voir la photo). La seconde à Jeremy Goodman, jusque-là responsable global de la vente institutionnelle de Cheuvreux à New York. Pour sa part, Jean-Claude Bassien est parti à Hong Kong comme global COO (chief operating officer) en charge du rapprochement des deux courtiers, sous la responsabilité de Jonathan Slone.

Alors qu’aucun concurrent français (Exane, chez BNP Paribas ; Tradition chez Viel & Cie ; Aurel BGC ou Oddo) n’a pour l’instant annoncé de plan massif, même si cela n’exclut pas des licenciements isolés ou des mobilités internes, un salarié français s’insurge : « Ce n’est pas un rapprochement ou une fusion, mais une absorption de Cheuvreux par CLSA ». « C’est difficile, mais il s’agit bien de faire de Cheuvreux la pierre angulaire européenne d’un ‘broker’ mondial », tempère Jean-Yves Hocher. Ainsi, sur 400 salariés, dont 370 CDI, 117 postes devraient être supprimés, vraisemblablement sur une base de volontariat. « Un peu dans le front-office : une dizaine de personnes, indique un représentant du personnel. Davantage dans les fonctions supports en recherche et marketing et dans les technologies de l’information : une vingtaine ; enfin dans le back-office. »

« Notre projet est de conserver le meilleur des deux plates-formes de départ, soutient Jean-Yves Hocher. L’investissement n’est de ce fait pas trop important. Il faut en revanche prendre en compte les coûts de restructuration. » Les fonctions centrales seront bien pour l’essentiel en Asie : au cœur d’une région en forte croissance et proche du chinois Citic Securities qui doit acquérir 19,9 % du capital de chacun des courtiers pour un total de 374 millions de dollars. L’accord a été signé en juin. Au lieu d’aboutir fin 2011, « comme les processus d’approbation devant certaines autorités nécessitent un délai supplémentaire pour être achevés, on peut estimer qu’ils seront prolongés jusqu’au début 2012 », a déclaré Citics. « Les instances du personnel se réunissent. Dans le même temps, nous sollicitons les régulateurs », précise Jean-Yves Hocher. Reste à savoir si l’étape suivante verra la montée de Citics au capital du nouveau courtier.

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