Cher capital

le 12/09/2013 L'AGEFI Hebdo

Cinq ans après la faillite de Lehman Bothers, le renforcement du capital des banques reste l’alpha et l’omega de la pensée des régulateurs mondiaux. Malgré une accélération du calendrier de Bâle 3 et des ratios d’ores et déjà largement respectés par la majorité des établissements, le processus demeure au cœur de l’Union bancaire. Difficile de prédire quand il prendra fin : la revue de la qualité des actifs que doit entreprendre la Banque centrale européenne pourrait soulever quelques lièvres ; quant au calage définitif du ratio de levier, qui promet de belles bagarres, il ne devrait pas être effectif avant 2015. N’entend-on pas ici et là des voix s’élever pour relever encore les fonds propres, à l’image du Britannique John Vickers, l’auteur d’un rapport célèbre sur la scission des activités bancaires, qui vient d’estimer qu’en temps de croissance économique, ceux-ci devraient atteindre jusqu’à 20 % ? En attendant, en dépit de toutes les assurances des établissements et de la clarification de la structure du capital par l'Autorité bancaire européenne en juin, la suspicion de sous-capitalisation des établissements revient régulièrement sur le tapis.

Au-delà du capital, les régulateurs sont loin d’en avoir terminé avec les banques. Le rapport Liikanen sur leur structure à venir demeure sujet de réflexion active, tandis que le projet européen sur la finance parallèle pourrait valoir de nouveaux et inattendus soucis aux banquiers : la réforme des fonds monétaires telle qu’envisagée (lire page 12) pourrait affecter durement leur capacité à se financer à court terme.

Après des années de régulation effrénée, et en dépit des efforts considérables de nettoyage et d’allègement des bilans, les banques européennes ne peuvent donc encore se flatter d’avoir tourné la page comme elles le souhaiteraient. Quant à savoir si le secteur en sera plus sûr pour autant, c’est, comme aurait dit Rabelais, matière de bréviaire. Nul ne peut nier qu’aujourd’hui, les régulateurs ont pris les commandes et, des bonus aux contrôles des risques, ont codifié leurs réformes jusque dans leurs détails. Mais rien ne dit que la plus grande zone de risque - la propension à l’inflation des créances immobilières - soit éradiquée tant la culture financière de chaque pays est spécifique, tandis que le problème du « too big to fail » reste entier dans un secteur où la quête de rentabilité peut pousser à la concentration.

Plus important encore, dans leur élan très louable pour reprendra en main la finance, les régulateurs ont oublié un principe de base : améliorer sa solvabilité a un coût extrêmement élevé (lire L’Evénement) qui fait que bien peu nombreuses sont aujourd’hui les banques qui, avec des RoE en chute libre, couvrent leur coût de capital. Or comment exercer son métier de prêteur à l’économie sans le rémunérer correctement ? L’enjeu attend toujours sa réponse.

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