Cet été ou jamais

le 14/07/2011 L'AGEFI Hebdo

Par quelle malédiction faut-il que l’Europe soit menacée de désintégration par le pays même auquel elle doit sa naissance ? La crise de la dette grecque n’est pas une simple affaire financière, mais bien un défi mortel lancé à une collectivité qui s’est prise à s’inventer, depuis un demi-siècle, un destin commun. Depuis 18 mois, les décideurs européens ont tenté de convaincre les marchés que la volonté politique suffirait à y répondre. Mais faute d’admettre la réalité des chiffres, qui pointent vers l’insolvabilité de la Grèce, ils n’y sont jamais parvenus. L’Irlande puis le Portugal ont succombé à cette erreur de jugement et l’Italie se trouve à son tour aspirée. Le marché interbancaire, dont l’importance cruciale fut ô combien démontrée lors de la faillite de Lehman Brothers, donne même des signes de tension qui ne laissent pas de doute sur les conséquences tragiques qu’aurait un défaut pur et simple de la Grèce. L’Europe qui se croyait maîtresse du temps s’est vu imposer celui des marchés.

Il faut espérer que l’exaspération de la crise débouchera sur un « plus d’Europe » et non sur un « moins ». Il devrait passer par un rôle nouveau donné au Fonds européen de stabilité financière (FESF), seul pivot possible de la restructuration de la dette des Etats en difficulté. Lui seul peut intervenir sur le marché secondaire en offrant aux créanciers privés d’échanger leurs titres au prix du marché contre sa propre dette de même maturité, quitte pour les récalcitrants à conserver leur encours avec le risque qu’il comporte. Ainsi la menace d’un défaut pourrait-elle être écartée. Lui seul peut ensuite proposer de ramener la valeur nominale de ses créances au prix du marché, en les échangeant contre de nouveaux emprunts à très long terme de l’Etat concerné selon une logique proche du « mécanisme Brady » qui a déjà pour partie inspiré le récent plan des banques françaises. Couplée à une action résolue des autorités de supervision incitant les banques à passer les dépréciations nécessaires dans les portefeuilles à l’occasion des actuels « stress tests », cette démarche pourrait alléger substantiellement le fardeau des Etats en difficulté, condition indispensable à la réussite des plans de redressement mis en place avec l’Union et le FMI.

Il est clair que cette restructuration « ordonnée » sera techniquement délicate à mettre en œuvre, et qu’elle impliquera une rude épreuve pour les banques et sans doute un effort supplémentaire pour les citoyens contribuables déjà plus que réticents en Allemagne. Il est clair aussi que cela constituera pour l’Europe un virage capital, car le FESF sera de facto consacré comme une sorte d’embryon d’un futur Trésor européen. Mais l’enjeu est tel, et les alternatives si peu crédibles, que l’Europe n’a plus le choix ni le temps : pour elle, c’est cet été ou jamais.

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