Dossier Collectivités territoriales

La Catalogne et l'Ecosse tentées par l'indépendance

le 24/01/2013 L'AGEFI Hebdo

Les référendums sur la question doivent se tenir en 2014. Pour les sécessionnistes, l'appartenance à l'Union européenne ne fait pas de doute.

Ils sont arrivés par milliers à Barcelone brandissant des pancartes aux cris de « 

Catalogne, nouvel Etat européen ». C’était le 11 septembre dernier, lors de la journée nationale de la Catalogne. Avant cette manifestation, on pensait que ces menaces sécessionnistes relevaient d’un bras de fer entre le chef du gouvernement Mariano Rajoy et Artur Mas, le leader du parti nationaliste de droite Convergence et Union, et président du gouvernement de la Generalitat, pour obtenir l’indépendance budgétaire et fiscale de la région.

Deux mois plus tard, des élections anticipées portaient au pouvoir au Parlement catalan le parti d’Artur Mas et la gauche indépendantiste Esquerra Republicana. Ces deux partis, opposés sur les questions économiques, viennent de s’entendre sur la convocation d’un référendum en 2014 pour que « le peuple de la Catalogne puisse se prononcer sur la possibilité que la Catalogne se constitue comme Etat dans le cadre européen ».

Un scénario crédible ? « Parfaitement », affirme Nuria Bosch, professeur à l’institut d’économie de Barcelone, qui affirme qu’une majorité de catalans soutient le gouvernement régional. « L’indépendance profiterait à la Catalogne » car sa contribution nette à l’Espagne est très élevée : presque 16 milliards d’euros. « Elle pourrait utiliser cet argent pour investir dans les services publics et réduire les impôts », souligne-t-elle.

Craintes et espoirs

Si, pour Antonio Argandoña, professeur d’économie à l’IESE Business School de Barcelone, la Catalogne possède « sur une longue échéance, le potentiel économique pour devenir un petit pays indépendant », la partie est loin d’être gagnée. Tout d’abord parce que les Catalans ne sont pas tous en faveur de l’indépendance. Un sondage réalisé en octobre dernier par l’institut Gesop sur un échantillon de 2.000 personnes révélait que 50,9 % des Catalans étaient en faveur d’une sécession et que 36,9 % la désapprouvaient. Le pourcentage des partisans de l’indépendance chutait à 40,1 % si la souveraineté catalane signifiait la sortie de l’Union européenne.

Car bien qu’indépendantistes, les Catalans se sentent avant tout européens. 62 % d’entre eux croient que l’Union européenne devrait reconnaître la Catalogne en tant qu'Etat et 58 % espèrent qu’elle sera admise comme Etat membre, selon une étude réalisée en novembre dernier par l’institut de recherche Real Instituto Elcano.

Selon Antonio Argandoña, tout dépendra des conditions dans lesquelles se produirait une éventuelle rupture avec l’Espagne. Pour lui, « le prix à payer au lendemain d’une éventuelle victoire du 'oui' serait trop élevé pour les entrepreneurs qui devront faire face à de nombreuses difficultés. Certains craignent par exemple le boycott des produits catalans ».

Les plus pessimistes parlent même d’un risque de faillite en cas de séparation de l’Espagne, de la désertion des fleurons de l’économie catalane mais aussi des grandes multinationales implantées dans cette région. Pourtant, une enquête réalisée par la Chambre de commerce de Barcelone auprès d’entrepreneurs catalans révèle que 60,8 % d’entre eux croient qu’une sécession n’aurait pas de conséquences négatives, mais à une condition : si la Catalogne devenait un Etat indépendant au sein de l’Union européenne.

L'Ecosse prend son destin en main

A l’automne 2014, les Ecossais se prononceront par référendum sur l’indépendance de leur pays. Le 15 octobre dernier, Alex Salmond, chef du gouvernement écossais, a signé avec le Premier ministre britannique David Cameron un accord à Edimbourg sur les conditions d’organisation de cet événement, l’un des plus importants pour l’histoire d’Ecosse depuis l’Acte d’Union en 1707 qui a entériné l’association des royaumes d’Ecosse et d’Angleterre. Les résidents écossais, âgés de 16 ans et plus, devront donc se prononcer sur une seule question : « L’Ecosse doit-elle rester dans le Royaume-Uni ? » En cas de victoire du « oui » à l'indépendance, comme l’espère Alex Salmond, vif partisan de l’indépendance écossaise et leader du Parti national écossais (SNP), le premier Parlement indépendant écossais sera élu en mai 2016, ouvrant la voie à la rédaction de la toute première constitution écrite de l’Ecosse : « La tradition britannique est l’une des

raisons pour lesquelles le Royaume-Uni n’a pas de constitution écrite, a indiqué le chef du gouvernement écossais le 16 janvier lors d’une rencontre avec la presse à Londres. Cette déficience est un déficit démocratique qu’une Ecosse indépendante ne devrait pas répéter. »

La sortie éventuelle de l’Ecosse du Royaume-Uni laisse cependant planer de nombreux doutes. Alex Salmond a insisté sur le fait qu’une Ecosse indépendante pourrait commencer à négocier son appartenance à l’Union européenne après le référendum. A toutes fins utiles, le chef du gouvernement a assuré que « dans un avenir proche, il n’y avait aucun projet pour que l’Ecosse soit un membre de la zone euro ». Un vote en faveur du « oui »  aurait aussi des implications budgétaires et fiscales significatives.

Une banque centrale écossaise ?

Dans un rapport publié en novembre, l’Institute for Fiscal Studies, un institut très regardé outre-Manche, signalait que la situation des déficits publics de l’Ecosse pourrait bien ressembler sur le long terme à celle du Royaume-Uni. « Sur le court terme, les dépenses publiques de l’Ecosse, plus élevées à l’heure actuelle que le Royaume-Uni, pourraient être couvertes par les recettes de production de pétrole et gaz dans la mer du Nord, assignées sur une base géographique, estime l’institut d’études. Sur le plus long terme, la perte de ces mêmes revenus conduirait en revanche à des choix plus drastiques que ceux rencontrés par le Royaume-Uni à l’heure actuelle. » Dans l’hypothèse d’une Ecosse indépendante, les revenus du pétrole de la Mer du Nord auraient représenté plus de 15 % des recettes en Ecosse en 2010-2011, contre seulement 1,6 % pour le Royaume-Uni tout seul, selon l’IFS.

Les experts s’interrogent aussi sur la cohérence d’une domiciliation en Ecosse de banques dotées de larges passifs, à l’image de RBS. « La rapidité de la Banque d’Angleterre à agir en prêteur de dernier ressort au bénéfice des établissements financiers écossais sera un facteur crucial. Et il pourrait y avoir une pression sur les établissements financiers écossais à se relocaliser à Londres », écrit dans une note Martin Beck, économiste au sein de Capital Economics. « S’ils décident de voter en faveur du 'oui', il faudra que l’Ecosse mette en place sa propre banque centrale, rétorque en revanche Geoffrey Wood, professeur d’économie à la Cass University. Il n’y a aucune raison pour qu’un petit Etat ne puisse pas avoir de banques. La Suisse est un bon exemple. »

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