Dossier Investissement vert

Le capital-risque devrait pouvoir miser plus sur les « cleantechs »

le 07/04/2011 L'AGEFI Hebdo

Ce segment semble motiver une large frange d’investisseurs qui, dans leur analyse, annoncent avoir des vues à plus long terme.

Malgré une chute des levées de fonds en 2010, les fonds de capital-investissement dédiés aux technologies propres (« cleantechs ») ont « un avenir brillant » devant eux, estime le cabinet Preqin : « 31 % des investisseurs en non-coté prévoient d'investir (à nouveau après un coup d'arrêt en 2010) dans un fonds de cleantechs dès 2011, et 8 % supplémentaires à partir de 2012. » « De manière opportuniste », plus orientée vers l’Asie et même auprès de nouvelles équipes, précise l’étude.

Peu de spécialistes

Les gérants spécialisés restent peu nombreux (voir le graphique), même s’ils couvrent tous les segments, de l’amorçage avec le grenoblois Emertec jusqu’aux fonds d’infrastructures (qui représentent 18 % de l’« univers cleantech », selon Preqin), en passant par les fonds de capital-développement. Le Club Cleantech de l’Afic (Association française des investisseurs en capitaux) a comptabilisé 262 millions d’euros investis en France en 2010 dans 82 entreprises des secteurs énergies renouvelables, transport-réduction d’énergie ou recyclage. « Ces chiffres 2010, en hausse de 55 %, sont très encourageants et en ligne avec l’objectif annoncé de doubler notre soutien au secteur d’ici à 2015 », a expliqué Sophie Paturle-Guesnerot, présidente du Club et associée de Demeter, l’un des principaux acteurs en Europe dédiés aux secteurs « éco-énergies » et « éco-industries ». « Nous avions imaginé un partenariat avec le pionnier européen, SAM Private Equity (devenu Emerald Technology Ventures), avant de trouver le soutien de la Caisse des dépôts, de l’Institut Français du Pétrole (IFP) et de Veolia Environnement pour nos deux fonds (de 105 et 205 millions d’euros levés en 2005 et 2008) », précise son président Olivier Dupont. Depuis, Demeter a investi dans 32 sociétés, en capital-développement minoritaire (19), capital-risque (8) ou capital-transmission (5). « Avec de très bons rendements sur les quatre premières sorties (comme Paprec et Vergnet), mais nous espérons en faire d’autres cette année car c’est ce qu’attendent les investisseurs pour abonder de nouveaux fonds », ajoute-t-il, inquiet de l’impact de Solvabilité 2 sur l’apport des assureurs, « qui ont historiquement plus soutenu ce segment ».

Chez Crédit Agricole PE, l’équipe avait choisi dès 2006 de faire du capital-développement minoritaire très ciblé avec CapEnergie (200 millions d’euros en tout). « Essentiellement auprès des promoteurs de projets, mais avec la possibilité de consacrer ensuite une large part de nos fonds aux infrastructures de ces promoteurs afin de garantir leur ancrage local », explique Serge Savasta, son responsable, qui vient de faire une opération de ce type avec Ikaros Solar. Il évoque un « rapatriement » de la création de valeur avec la forte baisse des prix des équipements produits en Asie. « Les fonds ‘cleantechs’ participent aussi à cette diminution future des coûts de production, sachant que ces énergies ‘décentralisées’ et ‘innovantes’ sont surtout animées par des PME, poursuit-il. L’autre défi consiste maintenant à développer des solutions de stockage viables. »

Des capital-risqueurs comme XAnge, Idinvest, Oddo PE, TechFund, Truffle ou plus récemment Sofinnova ont justement fait des « cleantechs » un axe d’investissement privilégié. « Même si le cadre réglementaire reste difficile à manœuvrer pour des start-up », note Nicolas Chaudron, associé chez Idinvest. Son fonds a financé Odersun en Allemagne, ou Nénuphar, fabricant d’« éoliennes off-shore » à « axe vertical », symbolique de la nécessaire collaboration avec les industriels (lire l'avis). Enfin, certains autres gérants ont choisi un modèle intégré, allant jusqu’au trading de crédits CO2, à l’image de Natixis I&E ou Climate Change Capital. Sans doute pour pallier un problème de taille, critique jusqu’alors. 

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