Le capital-risque cherche l’appui des industriels

le 30/01/2014 L'AGEFI Hebdo

Un outil fiscal vise à renforcer le « corporate venture ». L’effet ne sera pas immédiat.

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Réunir industriels et professionnels du capital-risque dans des fonds : ce type de corporate venture a été l'objet de plusieurs initiatives ces derniers mois, à l'image de deux levées récentes organisées d’un côté par Idinvest Partners auprès de Lagardère et de l’autre côté par Seventure Partners avec Danone et Tereos dans le cadre d’un fonds d’innovation… Mais cela n'est pas suffisant pour le gouvernement, qui entend relancer cette activité. La part du « corporate venture » dans le capital innovation ne pèse que quelque 5 % en France, contre 16 % aux Etats-Unis, souligne en effet l’Afic (Association française des investisseurs pour la croissance). « L’argent des institutionnels dans le financement de l’innovation en France s’est réduit dans le courant des années 1990. Celui des particuliers, qui avait pris le relais via les FCPI*, décroît également aujourd’hui. Il était donc essentiel d’encourager ce troisième ‘pied’ que constitue le 'corporate venture' », explique Denis Lucquin, partenaire associé chez Sofinnova Partners et instigateur, avec l’association PME finance, d’un nouveau dispositif fiscal adopté fin 2013 par les députés.

Cette mesure, qui doit entrer en vigueur d’ici à juillet sous réserve de l’aval de la Commission européenne, permettra aux entreprises d’amortir sur cinq ans leurs investissements minoritaires dans des sociétés innovantes, dans une certaine limite de leur actif (moins de 1 % du total du bilan). L’objectif affiché par le gouvernement est d’accroître d’environ 30 % le financement de start-up par des entreprises, à 600 millions d’euros par an en rythme de croisière. Cela laisse supposer un montant actuel d’investissement de 460 millions d’euros, à première vue supérieur aux chiffres communiqués par la profession (voir le graphique). Ces données, notamment les investissements réalisés directement par les entreprises, sont toutefois difficilement comptabilisables. « Une hausse de 30 % est réalisable, car le nombre de dossiers d’investissement de qualité ne manque pas en France. Ainsi que le confirment nos discussions en cours, ce dispositif devrait permettre de convaincre certains industriels d’horizons divers d’investir », estime Jacques Chatain, cofondateur d’Auriga Partners. Les effets attendus ne seront pas immédiats. « Prise de décision, inscription au budget, concrétisation de l’investissement… : Il faudra attendre au minimum quelques années pour percevoir l’incidence de cette incitation fiscale. L’effet des FCPI, créés en 1997, n’a ainsi été vraiment visible qu’à compter de 2005 », rappelle Denis Lucquin.

Une motivation stratégique

Actuellement, au sein du CAC 40, seule une dizaine d’entreprises investit dans le corporate venture, soulignait Jean-François Caillard, vice-président chargé de l’innovation chez Suez Environnement, lors d’une conférence PME finance: « Il en faudrait encore une bonne dizaine pour que l’écosystème fonctionne correctement. Cette incitation fiscale pourrait transformer un mouvement encore émergent en une vraie tendance de fond », envisage-t-il. Toutefois, le premier critère de décision n’est pas fiscal. « La première motivation d’une entreprise est d’ordre stratégique et repose sur l’accès à l’innovation, souligne Denis Lucquin. L’intérêt fiscal arrive en second plan et a vocation à encourager des entreprises hésitantes à se lancer dans le 'corporate venture', ou d’autres à accroître leurs engagements. Ce dispositif est un facilitateur qui est appelé à développer, sans le révolutionner, le secteur en France ». Comme le rappelle Philippe Collombel, associé-gérant chez Partech Ventures, investir dans un fonds de capital-risque se révèle intéressant à plusieurs égards pour une grande entreprise. « Cela lui permet de s’exposer à l’innovation très tôt dans une démarche plus ouverte et moins soumise aux contraintes inhérentes à un grand groupe. C’est aussi un moyen de se rapprocher des start-up, un monde qui lui est souvent étranger », déclare-t-il.

Alors que le corporate venture se décline sous différentes formes, les fonds de capital-risque défendent leur modèle. « Le risque, c’est que les grands groupes soient tentés d’investir en direct sans passer par un fonds de capital-investissement. Cela limite en effet les possibilités de sorties pour une start-up, qui pourra difficilement être cédée à une entreprise concurrente d’un des actionnaires », estime Philippe Collombel.

Outil de veille technologique

L’investissement en direct ou via un fonds répondent à des problématiques différentes, élargit Denis Lucquin. Dans le premier cas, l’entreprise identifie une cible et souhaite participer à son développement pour éventuellement ensuite l’acquérir. Dans le second, cela constitue un outil de veille technologique, permettant de garder un pied dans l’innovation dans un domaine technologique donné. « Emerge également un troisième cas, le fonds 'multicorporate' où plusieurs entreprises confient la gestion d’un fonds commun à une société de capital-investissement, poursuit Denis Lucquin. Ce modèle, très intéressant, implique que ces entreprises ne soient pas concurrentes. »

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