Dossier Private equity

Le capital-investissement coté retrouve des couleurs en Bourse

le 04/04/2013 L'AGEFI Hebdo

Après un pic de 37% en 2009, la décote moyenne du secteur s’est réduite de 20 à 13% l’an passé.

Difficile d’évoquer le capital-investissement (private equity) coté sans en décliner ses différentes formes. « On retrouve en Bourse des sociétés de gestion, des véhicules d’investissement ou encore des modèles intégrant les deux », synthétise Philippe Audouin, directeur financier d’Eurazeo, qui s’inscrit dans la troisième catégorie. Au-delà de ces disparités, auxquelles s’ajoutent des différences de stratégie, le secteur a renoué avec une dynamique boursière positive, après un trou d’air dans le sillage de la crise de 2008. Le LPX 50, indice des 50 plus grands acteurs du secteur, a crû de 30,5 % sur 2012 et de 13,2 % depuis le début de l’année (au 20 mars 2013), contre des hausses respectives de 12,8 % et 7,1 % pour le MSCI. « L’accroissement de l’appétit pour le risque des investisseurs a joué comme un facteur clé », estime Winterflood Securities. Après un pic de 37 % en 2009, la décote du secteur, différence entre le cours de Bourse et l’actif net comptable, s’est réduite, passant de 20 % à 13 % l’an passé (voir le graphique), selon des données de la société d’investissement Mantra, intégrant l’ensemble des fonds de private equity cotés (sociétés d’investissement exclues et fonds de dette dédiés inclus) à l’échelle mondiale. « Le secteur, à l’image des valeurs financières, a tendance à amplifier l’évolution des marchés boursiers. Souffrant depuis 2008, il s’adapte par ailleurs à la crise, les sociétés en portefeuille étant globalement mieux gérées et acquises avec moins de levier », explique Thibaut de Smedt, directeur associé chez Bryan Garnier. « Notre décote, de l’ordre de 7 %, se révèle inférieure à la moyenne, ajoute Frank de Leenheer, directeur des relations investisseurs chez Gimv. Au-delà de la conjoncture boursière, il faut raconter une histoire crédible aux actionnaires et la concrétiser. » La décote serait-elle inhérente au secteur ? « Une décote se comprend pour une holding ayant un rôle passif sur ses participations. En revanche, une société d’investissement active a vocation à créer au sein de son portefeuille une valeur supérieure aux frais de gestion prélevés, justifiant une prime. Le marché ne semble pas faire la différence », s’étonne Philippe Audouin.

Parallèlement, dans un contexte où les sociétés traditionnelles non cotées peinent à lever des fonds auprès des investisseurs, notamment en Europe, certains acteurs s’intéressent au capital permanent offert par la cotation. « De nombreux acteurs regardent actuellement de près la Bourse comme source de financement. Le problème est, là aussi, de trouver les investisseurs, dans un marché des introductions en Bourse quasiment au point mort », relève Thibaut de Smedt. « Lorsque les marchés redémarreront, des initiatives de cotation dans le 'private equity' vont émerger : aux Etats-Unis, où le 'private equity' coté est encore peu développé, et également en Europe », anticipe Antoine Dréan, président de Mantra (en plus de Triago), indiquant que 54 % des acteurs du secteur sont actuellement cotés en Europe contre seulement 18 % aux Etats-Unis. « Il y a des réflexions qui portent sur des cotations de fonds, et non de sociétés », précise un banquier. Les déboires de certains acteurs, à l’image de Candover qui a été contraint en 2010 de liquider son véhicule coté ou encore d’American Capital, restent toutefois dans les mémoires.

Désavantages

Si les acteurs du private equity, en cotant leurs structures, s’offrent un accès au capital permanent, ils font également face à certains désagréments. « Le plus gros désavantage est la transparence, qui ne peut être illimitée car elles profiteraient à nos concurrents », avance Frank de Leenheer. Ils peuvent également s’exposer à la fronde d’actionnaires activistes, à l’image du hedge fund Laxey Partners chez 3i ou du gérant Moneta AM chez Altamir Amboise. « Pour qu’une structure de 'private equity' cotée fonctionne, il faut rendre du 'cash' régulièrement aux actionnaires. Quand une cession est réalisée, l’idée est de verser un dividende exceptionnel, ou de réaliser une réduction du capital », expose Bertrand Rambaud, président du groupe Siparex. « Cela peut être une bonne initiative, s’il n’existe pas d’opportunités d’investissement plus intéressantes ailleurs, indique Thibaut de Smedt. De toute façon, un dividende régulier est nécessaire. » La cotation offre également une plus grande liquidité, mais celle-ci reste dans certains cas limitée. « Nous mesurons la liquidité en nombre de jours nécessaires pour échanger un million d’euros, ajoute Antoine Dréan. 45 % des structures de 'private equity' cotées nécessitent dix jours et 20 % moins d’une journée. »

Quoi qu’il en soit, le private equity coté, qui recense 575 acteurs dans le monde représentant quelque 200 milliards de dollars (155 milliards d’euros) de capitalisation boursière (données Mantra), n’a pas vocation à jouer dans la même cour que son grand frère non coté, qui totalise quelque 2.200 milliards de dollars d’encours (données Preqin).

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