Cantonner le risque grec

le 22/09/2011 L'AGEFI Hebdo

Encore un sommet pour rien. Il serait difficile de ne pas fustiger, à l’instar de Jacques Delors, ces euro-tergiversations, et de ne pas s’élever contre « les petits calculs » de ces « ministres qui sont dans un paquebot au milieu de la tempête ». Les membres de l’Eurogroupe ont une nouvelle fois poussé sous le tapis les sujets qui fâchent, et prouvé leur impuissance à s’élever au-dessus de leurs intérêts nationaux, apportant du grain à moudre aux eurosceptiques et laissant la zone avec très peu de munitions pour affronter la tourmente financière. Un comble alors que les grandes banques centrales s’étaient - elles - mobilisées ensemble la semaine dernière pour apaiser momentanément la tempête.

Certes, unité il y a eu, mais contre les remèdes anticrise défendus par Timothy Geithner, le secrétaire américain au Trésor. Des suggestions techniques pourtant non dénuées d’intérêt, comme la démultiplication des capacités d'intervention du FESF (Fonds européen de stabilité financière) par « effet de levier », s'inspirant du dispositif utilisé avec succès par le Trésor et la Réserve fédérale en 2009 pour purger les banques de leurs actifs toxiques. On comprend l’agacement des Européens de subir les remontrances d’un pays lui-même en pleine remise en cause de la gestion de ses finances publiques. Mais l’Europe est-elle vraiment fondée à refuser des conseils, alors que sa stratégie, si stratégie il y a, consiste à gagner du temps et à alimenter la fiction que la restructuration de la dette grecque n’est pas une option, au risque d’attiser la crise de confiance ? Chaque jour les institutions financières accroissent leurs pertes et les pays périphériques sont un peu plus fragilisés.

Même si elle ne peut l’admettre publiquement, l’Europe doit considérer qu'un défaut ordonné de la Grèce la maintenant dans l’euro n’est pas impossible, mais à condition qu’il n’implique plus un risque systémique (lire L’Evénement page 12). Il importe d’abord qu’Athènes mette en œuvre sans retard les mesures nécessaires pour débloquer la sixième tranche d’aide. Pendant ce temps, le cantonnement du risque grec doit être poursuivi par l’action conjointe de la BCE et d’un FESF enfin opérationnel pour accompagner le redressement des finances publiques des autres pays périphériques et convaincre les marchés que leur cas est décidément distinct du cas grec. Ceux-ci ont donné des gages encourageants. Il faut les soutenir. Le coût en sera élevé, mais bien moins qu'en cas de contagion. Il importe enfin que les banques européennes prennent leurs pertes - elles sont gérables -, et ce dès les résultats du troisième trimestre. C’est à l’EBA, le régulateur bancaire européen, même contesté par des stress tests qui excluaient tout défaut grec, de définir une décote crédible. Cela constituera un second pare-feu à même de persuader un peu plus les esprits sur les marchés que le pire n'est décidément pas certain.

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