Les caisses de Crédit Municipal mutualisent leurs ressources

le 06/10/2011 L'AGEFI Hebdo

Pour développer leurs activités et intégrer les contraintes réglementaires renforcées, elles se dotent d’une plate-forme informatique commune.

Nous achevons actuellement la création d’un GIE (groupement d’intérêt économique, NDLR) où sera logé l’ensemble des moyens informatiques de la nouvelle plate-forme Bordeaux-Lyon-Toulon-Nîmes », déclare Guy Poirier, directeur général du Crédit Municipal de Bordeaux. Les caisses de Crédit Municipal sont des entités autonomes. Il en existe 18 en France et chacune avait, jusqu’à présent, son propre système d’information. « Les caisses sont des PME bancaires, avec des ressources restreintes, souligne Gérard Serralta, directeur général du Crédit Municipal de Nîmes. Notre équipe informatique compte seulement trois personnes. » Leurs systèmes d’information ont souvent été développés en interne. Et même si des progiciels bancaires ont été adoptés depuis quelque temps déjà, les caisses éprouvent de grosses difficultés à suivre les évolutions réglementaires auxquelles les banques sont soumises et « qui se sont accélérées ces dernières années », note Gérard Serralta. En témoigne l’amende de 150.000 euros infligée à la caisse de Crédit Municipal de Toulon en janvier 2011 pour, notamment, insuffisance de moyens dans le domaine de la lutte antiblanchiment. Le système d’information est, entre autres, pointé du doigt. « Si les caisses de Crédit Municipal ne font pas leur mue informatique, elles seront en grande difficulté », assure Gérard Sémalta. « Notre système d’information, conçu à partir du progiciel de l’éditeur Sopra, fonctionnait très bien, mais sur un périmètre restreint et sans possibilité de répondre à de nouveaux besoins, comme intégrer l’activité de prêt sur gages par exemple, renchérit Guy Poirier. Basé sur des briques hétérogènes, la pérennité de l’ensemble n’était pas assurée. A l’horizon 2015, nous devions l’avoir fait évoluer. »

Des migrations compliquées

Aussi de nombreuses caisses ont-elles décidé de se doter d’un nouveau système d’information, entièrement intégré et basé sur un progiciel de place. L’éditeur français de solutions bancaires SAB (lire l’entretien) a enregistré de nombreux nouveaux contrats dont la caisse de Dijon, à l’été 2010. La caisse de Nîmes, déjà cliente de SAB, a finalisé la migration sur la nouvelle version du progiciel SAB AT en août 2011. « Même si la migration vers un nouveau système d’information représente une réelle difficulté, nous avions besoin de bénéficier des évolutions de cette nouvelle version, notamment les fonctionnalités relatives à Sepa (Single Euro Payments Area, NDLR) ou celles ayant trait à la lutte antiblanchiment, un processus très lourd jusqu’à présent », détaille Gérard Serralta. En mai 2011, SAB livrait une première version avec des données clients de test. « La mobilisation pour les tests a été forte, impliquant jusqu’à 20 % de l’ensemble des équipes », précise Gérard Serralta. Outre une intégration de toutes les fonctionnalités hétérogènes auparavant, la nouvelle version offre aux employés de la caisse de Nîmes une vision synthétique des activités avec les clients. « Sur un même écran, lors de l’ouverture d’un compte, nous pouvons directement éditer une carte bancaire par exemple, explique Gérard Serralta. Auparavant, il fallait gérer une dizaines d’écrans différents. » Mais des adaptations ont été nécessaires, certains collaborateurs habitués aux raccourcis clavier ont dû s’habituer à utiliser exclusivement la souris. De son côté, la caisse de Crédit Municipal de Bordeaux réfléchissait à la refonte de son système d’information depuis deux ans déjà. « Nous avons décidé, avec la caisse de Lyon, de mettre nos ressources en commun. Puis celle de Toulon nous a rejoints. Mais nous avons dû dire non à d’autres caisses, pour ne pas trop complexifier le projet du fait d’un trop grand nombre de participants. » Un groupement de commandes est créé et l’appel d’offres est lancé en mai 2010 pour une solution progicielle complète et unique pour les trois caisses, charge à chacune d’effectuer les paramétrages qui lui sont propres. En octobre 2010, c’est encore SAB qui est choisi : « Le plus performant en termes d’intégration, du fait de ses références dans le domaine des Crédits Municipaux et pour le coût et l’accompagnement proposés », rapporte Guy Poirier. Avec la volonté de mieux contrôler les risques opérationnels, un hébergeur, CIS Valley, a été choisi pour assurer l’exploitation de la plate-forme technique. « Nous ne voulions pas assumer les responsabilités qui incombent à un hébergeur », insiste Guy Poirier.

La caisse de Nîmes, déjà équipée de sa propre solution progicielle SAB, a rejoint le projet. « Cela permet de réduire le risque opérationnel et d’être plus efficace, notamment en ce qui concerne le plan de reprise d’activité, et le partage des machines permet de réduire les coûts d’exploitation », souligne Gérard Serralta. « Nous avons fait le choix d’une plate-forme technique basée sur des machines IBM iSeries, nos équipes informatiques n’étant pas formées aux plates-formes Unix, ajoute Guy Poirier. Cela nous permettait de ne pas augmenter la complexité du projet. » La création du GIE permettra de bien isoler et d’identifier les différents coûts de façon à mettre en place des clés de répartition pertinentes. « Les caisses de Roubaix, Boulogne et Marseille nous ont déjà fait part de leur intérêt », confie Guy Poirier. A l’horizon 2013, le GIE devrait compter sept caisses. « C’est un projet compliqué à mener car impliquant trois équipes différentes, résume-t-il. Mais cette plate-forme commune nous procure la capacité technologique à mettre en œuvre une stratégie, ce que nous n’aurions pas pu faire dans les même délais et pour les mêmes coûts chacun de son côté. »

Des innovations nécessaires

Courant 2012, l’application de prêt sur gage sera développée pour qu’elle puisse être intégrée au progiciel bancaire, SAB n’ayant pas vocation à prendre en charge la mise au point d’une application spécifique aux caisses de Crédit Municipal. A terme, Gérard Serralta imagine la mise au point de produits communs aux différents caisses du GIE, comme dans le domaine du microcrédit par exemple. Mais c’est le prêt sur gage, activité centrale du Crédit Municipal, qui fait l’objet de nombreuses innovations entraînant des développements informatiques. Ainsi, la caisse de Bordeaux teste à partir d’octobre des fonctions permettant l’envoi et l’estimation en ligne des objets. Seul le contrat ne peut être dématérialisé, du fait de procédures de contrôles spécifiques. De même, le Crédit Municipal de Paris se lancera dans le prêt sur gage en ligne dès 2012. « Nous allons tester le renouvellement en ligne ou par serveur vocal du prêt, une activité loin d’être anecdotique : sur un mois, 50 % de notre activité est due au renouvellement », annonce Nicolas Candoni, directeur des services administratifs et financiers du Crédit Municipal de Paris. Des innovations nécessaires pour toucher de nombreux clients qui ne peuvent pas toujours effectuer plusieurs dizaines de kilomètres pour faire estimer un bien. En août 2011, l’activité de prêt sur gage à augmenté de 20 % par rapport au mois d’août 2010.

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