Un CAC à moindre risque voit le jour

le 06/12/2012 L'AGEFI Hebdo

En créant l’indice CAC Low Risk, Nyse Euronext propose une alternative à son indice phare. Moins volatil, donc moins risqué, il devrait séduire les institutionnels.

Emboîtant le pas à ses homologues boursiers, Nyse Euronext vient de créer une nouvelle classe d’indices basée sur les stratégies dites de « volatilité minimum ». Baptisée Low Risk, la gamme se confine pour l’instant au CAC Low Risk et à l’AEX Low Risk, mais devrait rapidement « s’étendre aux autres principaux indices européens et paneuropéens », annonce George Patterson, responsable des indices européens de Nyse Euronext.

Ce faisant, Nyse Euronext monte dans le train déjà lancé à bonne vitesse des produits visant à proposer une alternative aux indices traditionnels. Pondérés en fonction des capitalisations boursières des sociétés, ceux-ci ne prennent pas en compte le risque (la volatilité) des valeurs. « Non seulement, ils sont biaisés, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas diversifiés, insiste Yves Choueifaty, dirigeant de Tobam, mais en plus ces biais sont dynamiques : ils évoluent au cours du temps, pour atteindre leur maximum systématiquement au pire moment. Prenez les dernières grandes crises : c’est en 2000 que les valeurs technologiques atteignent leur plus haute pondération dans les indices capi-pondérés comme le CAC ; même chose pour les valeurs financières en 2008. »

Un indice de 49 valeurs

Pour construire sa gamme Low Risk, Nyse Euronext s’est adjoint les services d’une société néerlandaise, Finvex, spécialisée dans la création de stratégies intelligentes. Ensemble, ils ont créé une méthodologie relativement classique de sélection et de pondération des valeurs au sein des indices Low Risk en fonction de leur volatilité, liquidité et corrélation les unes aux autres.

L’indice CAC Low risk comptera entre 25 et 50 valeurs (49 actuellement). Le CAC étant jugé trop étroit comme univers de valeurs, la place boursière a décidé de piocher dans le panier plus élargi du SBF 120. La sélection et la pondération des valeurs seront revues tous les mois. Le taux de rotation net moyen mensuel est attendu à environ 9 %.

Comme pour tous les indices de « volatilité minimum », l’accent est mis sur la stabilité relative de sa performance. Sur 10 ans, le CAC Low Risk surperformerait le CAC de 6,38 % par an. « En février 2009, le CAC a chuté de 53,5 %, le CAC Low Risk aurait limité sa baisse à 44,4 % », complète Joakim Darras, un des fondateurs de Finvex. Les portefeuilles de « volatilité minimum » montent moins en période de hausse mais, inversement, baissent moins en phase de récession. Résultat, quand le marché vacille, ils affichent en moyenne de meilleures performances. Un argument de poids aujourd’hui. Mais cela n’a pas toujours été le cas : selon une étude Robeco, quand la Bourse a grimpé de manière quasiment continue durant les années 90, un portefeuille « volatilité minimum » aurait affiché un rendement inférieur à celui d’un fonds plus risqué. Un détail qui n’échappe pas à certains : « Les fonds ' volatilité minimum' sont à la mode parce qu’on sort d’une décennie de crises boursières. Mais que se passera-t-il quand la Bourse repartira de l’avant ? », s’interroge un spécialiste.

Une heureuse avancée

Pour la plupart des observateurs, le CAC Low Risk est néanmoins une heureuse avancée. « Tout ce qui propose une alternative au CAC est bienvenu », dit l’un d’eux. Pour Xavier Ducros, responsable de la structuration chez Rabobank à Londres, qui travaille avec l’équipe Finvex depuis plus d’un an, c’est un pas qui va dans le bon sens : « C’est un produit intéressant car le risque ne s’y résume pas à la volatilité présente. Il prend aussi en compte les accidents boursiers passés. La sélection et la pondération s’en trouvent affinées. »

Pour autant, des voix dissidentes se font entendre. « La transparence, martèlent-elles, n’est pas exactement au rendez-vous. » Pointée du doigt, la méthode de calcul est accusée de manquer de lisibilité. Un algorithme confidentiel et un comité de sélection décideront chaque mois de la composition du CAC Low Risk. « Cela engendrera des biais d’information », résume un intervenant. C’est gênant, d’autant que la transparence est un facteur clé en ces temps post-Lehmann Brother. « Les investisseurs veulent de la simplicité. L’intégralité de nos méthodes de calculs leur est disponible », confirme Antoine Moreau, directeur général d’Ossiam, spécialiste des stratégies dites intelligentes.

Des critiques qui restent à nuancer. D’une part, il ne devrait pas exister d’enjeu majeur autour de l’entrée/sortie d’une valeur dans le CAC Low Risk. « L’indice phare reste le CAC », affirme George Patterson. D’autre part, le succès des indices « volatilité minimum » ne se dément pas : créé en avril 2011, le S&P 500 Low Volatility est répliqué, entre autres, par un ETF PowerShare pesant près de… 3 milliards de dollars. 

A lire aussi