Le cabinet d’avocats Gide repart à la conquête du marché français

le 31/10/2013 L'AGEFI Hebdo

Face à la concurrence des grands cabinets anglo-saxons, Gide Loyrette Nouel mise sur des opérations externes pour garder son rang à Paris.

Gide Loyrette Nouel passe à l’offensive face à la concurrence exacerbée qui règne sur le marché tricolore du droit des affaires. Le grand cabinet d’avocats français vient ainsi, pour la première fois de son histoire, d’effectuer une opération de croissance externe, en intégrant quasiment toute l’équipe du bureau parisien de l’américain Morgan Lewis & Bockius, soit 19 avocats, spécialisés notamment en fusions-acquisitions. Tous doivent arriver officiellement en ce début novembre.

Il s’agit d’un changement de stratégie important pour le prestigieux cabinet français, qui compte 650 avocats, dont 350 à Paris. Il avait jusqu’à présent toujours misé sur la croissance endogène pour grandir. Son modèle était celui de la « culture Gide » : l’avocat, formé au sein de la maison, y faisait toute sa carrière. « Nous voulons désormais être en position de conquête sur le marché français du droit des affaires, et participer à son mouvement de consolidation. Pour cela, il nous faut nous ouvrir sur l’extérieur », déclare Stéphane Puel, un homme du sérail, devenu managing partner début 2012 aux côtés de Baudouin de Moucheron.

Gide ne compte pas s’arrêter là. Son objectif est de réaliser d’autres opérations d’ici à la fin de l’année, afin de se renforcer dans le contentieux notamment. Le recrutement d’une « personnalité très connue » dans le domaine du contentieux devrait ainsi être annoncée en novembre. Mais pour le moment, une fusion avec un autre cabinet, telle celle qui avait été discutée il y a quelques mois avec le cabinet Veil Jourde, spécialisé dans le contentieux, ne semble pas envisagée. Par ailleurs, des négociations sont en cours avec « de petites équipes » en provenance d’autres cabinets, en particulier dans le domaine du « restructuring ». Elles devraient aboutir avant fin 2013.

Concurrencé de plein fouet par les grands cabinets anglo-saxons, qui montent en puissance sur le marché français, Gide Loyrette Nouel traverse une période difficile. La crise économique pèse sur l’activité du secteur, et avive encore la compétition. Résultat : le chiffre d’affaires de son bureau de Paris a stagné en 2012, à 134 millions d’euros. Signe de ses difficultés, pas moins de six de ses associés ont quitté le cabinet depuis début janvier. Et au cours des dernières années, le départ de ses avocats maison s’est accéléré. « Les avocats de Gide ont essaimé dans quasiment tous les cabinets anglais et américains de la Place parisienne », note un observateur.

Avec le recrutement d’avocats de l’américain Morgan Lewis, Gide a voulu inverser la tendance. Il intègre ainsi à ses équipes 19 avocats, dont 9 associés, qui ont tous fait carrière à l’international au sein de grandes firmes anglo-saxonnes. Tels Jean Leygonie, qui est passé par Cleary Gottlieb avant de créer le bureau de Paris de Morgan Lewis en 2004, Christian Nouel, un ancien de Latham & Watkins, et Olivier Edwards, un ex de Jones Day. Gide renforce donc significativement ses équipes dédiées aux fusions-acquisitions. Il se développe également en « venture capital ». « Ensemble, nous serons numéro un dans ce domaine en France », souligne Jean Leygonie. Et la structuration de fonds d’investissement figurera désormais parmi ses activités.

Etre parmi les premiers d’ici à 2015

Avec cette opération, et celles à venir, Gide veut se renforcer dans tous ses métiers. « Nous voulons rester un grand cabinet pluridisciplinaire, à Paris, afin de mieux résister à la crise, explique Stéphane Puel. Mais pour rester un cabinet de premier plan et pluridisciplinaire, il nous faut être parmi les premiers dans tous nos métiers d’ici à 2015. Cela passe par de la croissance endogène, mais aussi par des opérations et des recrutements externes. » Tel est l’objectif que le cabinet s’est fixé avec son plan stratégique « Gide 2015 », adopté l’an dernier. Or il est présent dans pas moins de huit métiers dont le conseil en fusions-acquisitions, le droit financier, le contentieux, le droit fiscal, social, le droit public, le droit économique européen et la propriété intellectuelle.

Avec son plan « Gide 2015 », le cabinet a également revu sa stratégie à l’international, où il compte 18 bureaux. Là, en revanche, il n’est pas question de pluridisciplinarité, mais de spécialisation. « Tous les bureaux existants doivent se spécialiser dans les métiers où ils sont les meilleurs », indique Stéphane Puel. Pour se développer, le cabinet ne mise plus sur l’ouverture de bureaux, mais sur des accords marketing ou des alliances. Une alliance continentale de « best friends » avec l’allemand Gleiss Lutz, l’espagnol Cuatrecasas et l’italien Chiomenti a ainsi récemment été officialisée.

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