L'avis de... Nicolas Levy, directeur opérationnel de MarketPrizm (filiale de Chi-X)

« C’est au régulateur de trancher sur la légalité de ce type de pratique »

le 17/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Le « quote stuffing » est-il répréhensible ?

Je m’occupe d’une unité opérationnelle, filiale de Chi-X, fournissant des infrastructures de trading à très faible latence. Nous ne regardons pas les ordres transitant sur nos infrastructures, cela relève du domaine du régulateur. La définition du quote stuffing laisse supposer une tromperie, mais je ne pense pas que ce soit le cas. C’est dans la nature de tous les acteurs du trading d’acheter le moins cher possible et de revendre plus cher que le prix d’achat.

Cette pratique a donc toujours existé ?

Rien n’a vraiment changé depuis l’époque de la corbeille, très bien décrite par Zola dans L’Argent. C’était même plus exacerbé, comparé aux marchés électroniques où tout le monde voit la même chose sur les carnets d’ordres. Il y a vingt ans, des agents de change disposant d’ordres en pré-ouverture ne les saisissaient pas dans les carnets d’ordres immédiatement à l’ouverture pour surprendre le marché. Ce qui est nouveau, ce sont les ordres lisibles et pas exécutés, ce qui peut donner une image du marché déformée. Mais c’est au régulateur de trancher sur la légalité ou non de ce type de pratique.

Pour quelles raisons les autorités européennes semblent-elles préoccupées par ce phénomène ?

Avec la création des MTF (plates-formes alternatives, NDLR), induite par la directive MIF (Marchés d’instruments financiers, NDLR), le régulateur a décidé de faire voler en éclats la concentration qui prévalait auparavant, et a donné la possibilité d’arbitrer entre différentes places de cotation. Les écarts étant faibles entre les plates-formes, pour un acteur pratiquant le trading algorithmique, il faut générer des millions de transactions afin de gagner de l’argent. On ne peut pas se plaindre de cette situation désormais, d’autant plus que les arbitragistes permettent de bien huiler le système en apportant de la liquidité. En outre, je ne pense pas que les gérants traditionnels, dont l’horizon est beaucoup plus lointain que la microseconde, soient affectés par ces pratiques.

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