Rencontre avec... Eric Bismuth, président de Montefiore Investment

« Le ‘build-up’ est devenu la réponse des purs financiers à la faiblesse de leur modèle »

le 14/06/2012 L'AGEFI Hebdo

L’avenir du capital-investissement passe-t-il par des fonds sectoriels ?

A part dans le capital-risque, il en existe encore très peu en France. J’avais déjà cette conviction, en fondant Monterfiore Investment sur le secteur de l’« économie présentielle » en 2005, de pouvoir créer plus durablement de la valeur en étant spécialisé qu’en se reposant uniquement sur les financements et les montages. Même si nous avons choisi une stratégie « élargie » à cinq secteurs : distribution, hôtellerie, loisirs-tourisme, services à la personne, services aux entreprises. Cela permet de bénéficier de cycles et de business models diversifiés.

Quels avantages y trouvez-vous ?

Avant une acquisition, cela permet globalement de gagner en temps et en pertinence dans l’analyse des sociétés. Après l’acquisition, cela dépend du positionnement stratégique. Notre approche décorrélée de l’environnement économique conjugue spécialisation et focus exclusif sur les opérations de croissance, ce qui nous amène à choisir les segments les plus défensifs, comme B&B (hôtellerie économique). Mais cette recherche de croissance implique aussi de mettre des moyens dans le soutien stratégique d’entreprises en phase de transformation comme Homair Vacances (loisirs) ou Asmodée (distribution de jeux). Des moyens quantitatifs - avec chez nous autant de gérants que de participations - et qualitatifs - avec des compétences alliant techniques financières et connaissances spécifiques des secteurs.

Pour faire de la croissance externe ?

Oui, mais pas exclusivement. Le build-up est devenu la réponse des « purs financiers » à la faiblesse de leur modèle. Certains pensaient pouvoir faire grossir les multiples de valorisation avec la taille de l’entreprise ou, mieux, racheter des PME à des multiples inférieurs pour revendre l’ensemble à un multiple avantageux. Cela n’a pas toujours été le cas et il s’avère qu’une entreprise plus grosse ne vaut pas forcément un multiple supérieur. Avant de reprendre une société en Allemagne présentant des complémentarités idéales pour AutoEscape (courtage en location de voitures), nous avons ainsi laissé passer beaucoup d’occasions (que d’autres auraient saisies) pour des raisons d’intégration difficile, de stratégie ou de prix inadapté.

A lire aussi