Entretien avec... Denis Le Bossé, président du cabinet Arc*

« La BPI ne s'attaque pas au problème urgent des PME, la trésorerie »

le 25/10/2012 L'AGEFI Hebdo

Par Frédérique Garrouste

Comment la Banque publique d'investissement (BPI) va-t-elle selon vous améliorer le financement des entreprises ?

Je note d’abord que cette nouvelle structure va rassembler trois organismes en un guichet unique et que son organisation va par conséquent prendre du temps, ce qui représente un écueil dans un contexte difficile. Les chefs d’entreprise vont devoir s’accommoder de ce nouveau dispositif, alors que plus de la moitié d’entre eux, dans les PME, ne connaissent toujours pas l’existence du médiateur de crédit ni des commissaires au redressement productif. On note aussi que les dispositifs en place bénéficient aux entreprises les plus solvables, tandis que celles qui commencent à être en difficulté ne sont pas soutenues. Si l’idée de la BPI semble bonne sur le principe, la question sera donc de voir quelles entreprises vont en bénéficier. Actuellement, les PME doivent faire face à des problèmes urgents de trésorerie. Elles ressentent un besoin immédiat de cash : depuis un an, leurs délais de paiement se sont allongés de 14 jours selon notre dernier sondage, réalisé avec l’Ifop auprès de 500 entreprises comptant entre 50 et plus de 250 salariés. Or c’est le crédit fournisseur qui supplée aujourd’hui le financement bancaire, puisqu’il est utilisé par près du tiers des entreprises pour pallier le retard des paiements en provenance des clients. Le crédit bancaire ne couvre que 30 % de ces nouveaux besoins et la BPI ne paraît pas devoir s’attaquer au problème, répondant plutôt à des besoins de financement d’investissement.

Quelle est l’origine de ce regain de tensions sur la trésorerie des PME ?

Avant tout, le désengagement des assureurs-crédit pèse sur cette catégorie d’entreprises : plus des trois quarts des responsables interrogés mettent en avant ce phénomène, outre la baisse du crédit bancaire. La fin des dispositifs publics Cap et Cap + de complément de l’assurance-crédit fait sentir ses effets, alors que les assureurs sont confrontés à la dégradation de leurs risques. Or quand l’assureur crédit ne couvre plus le risque d’une entreprise, celle-ci voit ses délais de paiement supprimés par ses fournisseurs et peut être ainsi conduite, au fil d’un cycle infernal, jusqu’au dépôt de bilan. Un organisme comme Oséo ne finance que des factures garanties et il ne semble pas que la BPI change les choses à cet égard.

*Spécialiste du recouvrement de créances

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