Entretien avec... James Angel, professeur spécialisé dans les marchés financiers à Georgetown University

« Les Bourses fonctionnement mieux aujourd’hui qu’autrefois »

le 19/09/2013 L'AGEFI Hebdo

Quelles leçons tirer de l’événement du 22 août sur le Nasdaq ?

Il est évident qu’il faut repenser la manière de redémarrer un marché financier après un long arrêt, en vue d’une reprise équitable et ordonnée pour tous les intervenants. C’est cette préoccupation qui a retardé le Nasdaq. Tous les matins, les échanges redémarrent selon un mécanisme bien huilé : sur ordinateurs très en amont, puis juste avant le fixing pour construire progressivement les files d'attente, et à l’ouverture officielle. Après le « flash crash », la Securities and Exchange Commission (SEC) a modifié les conditions de suspension de la cote, avec un possible arrêt « réglementaire » dès lors que le S&P 500 baisse de 7 % au-dessous du niveau de la clôture de la veille avant 15h25. Une telle halte ayant lieu lors d'une période de grande incertitude et de volatilité, il n'est pas sûr que les marchés seraient en mesure de rouvrir les négociations dans la sérénité, ne serait-ce que pour des questions de bande passante. Une réouverture progressive semble judicieuse, par exemple d'abord sur le Dow 30 avec une petite sélection d'ETF (exchange-traded funds, NDLR), puis sur le S&P 100 avec un peu plus d’ETF, etc. Il est aussi nécessaire de tester ces procédures de réouverture des marchés et toutes les procédures d’urgences au moins une fois par an en conditions réelles, et non pas une fois les marchés fermés (comme aujourdhui).

Par ailleurs, il faut imaginer une solution de repli lorsqu’un Securities Information Processor (SIP) pose problème. Pour le trading, les plates-formes servent de facto de back-up les unes pour les autres ; pourquoi les processeurs SIP de Nyse et Nasdaq ne pourraient-ils pas aussi servir de back-up l’un pour l’autre ?

Il était donc approprié d’arrêter les négociations quand les flux de données de marché ont été perturbés sur le Nasdaq - une des leçons du 6 mai 2010 est bien que les participants sortent en masse du marché lorsqu’il y a un doute sur l’intégrité des données -, et de prendre le temps, notamment du fait des marchés de dérivés, pour un redémarrage dans de bonnes conditions de formation des prix.

Vous avez indiqué cela à la SEC, mais n’y a-t-il pas un problème plus général de régulation ?

Le problème de la SEC est son éloignement tant géographique que technologique par rapport aux marchés. Lorsque surviennent ce genre d’incidents, les opérateurs se pénalisent d’eux-mêmes, à l’image de Knight Capital en 2012. Ce n’est pas la peine d’alourdir leurs sanctions, ce qui tend plutôt à cacher les causes des incidents. Il vaudrait mieux, comme pour la sûreté des flux aériens, promouvoir la communication et la compréhension générale pour chaque problème. Les marchés peuvent comprendre qu’une technologie peut faillir occasionnellement, mais il faut les rassurer sur les procédures en place pour traiter les imprévus et maintenir un traitement équitable entre tous, qui est la base de la confiance. Malgré tout, les Bourses américaines fonctionnent mieux aujourd’hui qu’autrefois.

A lire aussi