BNP Paribas voit plus loin pour ses activités de taux

le 30/06/2011 L'AGEFI Hebdo

La banque fait de l’Asie et des institutionnels ses principaux relais de croissance.

Sorti gagnant de la crise, Frédéric Janbon ne relâche pas ses efforts. « Je souhaite atteindre une part de marché mondiale supérieure à 4 % dans les deux à trois ans qui viennent, explique le responsable mondial du fixed income (produits de taux et change) de BNP Paribas, basé à Londres. Avant 2007, nous estimions notre poids sur le marché à 2 %, en termes de revenus. Fin 2010, nous étions entre 3 % et 3,5 %. »

Si le fixed income est le premier pôle de la banque de financement et d’investissement (BFI) de BNP Paribas, il joue malgré tout en deuxième division à l’échelle mondiale. La banque de la rue d’Antin se situe au même niveau que Morgan Stanley, HSBC ou Credit Suisse, derrière les leaders tels que Goldman Sachs, Barclays Capital et Deutsche Bank. « Nous voulons progresser de la dixième à la sixième ou septième place globale », poursuit Frédéric Janbon, qui entend améliorer ses positions « dans les produits de flux et de crédit, les émissions obligataires, la clientèle institutionnelle et les pays émergents ».

BNP Paribas vient pour cela de remanier le comité exécutif du fixed income, après une série de promotions au printemps 2010. A partir de septembre, Frédéric Janbon sera épaulé par un nouvel adjoint, Henri Foch, jusqu’à présent responsable de l’activité en Asie-Pacifique. Celui-ci sera remplacé par son homologue en Amérique, Bob Hawley, maître d’œuvre de la franchise obligataire aux Etats-Unis. BNP Paribas y est depuis l’an dernier le douzième émetteur de dette libellée en dollars, selon Thomson Reuters, et vise désormais le Top 10 (L’Agefi Hebdo du 4 novembre 2010). Bob Hawley, qui a par le passé occupé un poste au Japon, va décliner depuis Hong Kong un plan de développement régional s’appuyant sur la franchise dollar, perçue comme une porte d’entrée pour les flux transnationaux en Asie.

BNP Paribas cherche ainsi de nouveaux relais après une période de forte croissance. Dans les revenus clients qui pèsent 80 % du total de l’activité de ‘fixed income’,« l’origination et la distribution de dette obligataire ont augmenté de 56 % depuis 2007, souligne le responsable du pôle. Les produits de flux sur le secondaire ont crû de 100 %, tandis que les structurés et exotiques (plus margés, NDLR) ont reculé de 21 %. » Les futures normes prudentielles de Bâle III, défavorables au crédit bancaire, poussent la banque à accompagner davantage la désintermédiation des financements en Europe, mais aussi au-delà. Pour Frédéric Janbon, « les marges de progression sont minces dans l’obligataire en Europe de l’Ouest où nous sommes numéro deux derrière Deutsche Bank », qui a ravi à BNP Paribas la première place sur les émissions en euros à fin juin (voir le tableau ci-contre).

140 embauches depuis janvier

L’Amérique et l’Asie-Pacifique se partageraient à parts quasi égales la moitié des effectifs du pôle, mais le volume d’activité outre-Atlantique représente 30 % du total contre 20 % seulement pour l’Orient. L’autre moitié des revenus et des équipes est concentrée en Europe et au Moyen-Orient. Avec un tiers des effectifs du front-office, la capitale britannique reste le centre névralgique de l’activité, loin devant Paris et Bruxelles, ajouté au dispositif depuis le rachat de Fortis. « Tous les responsables mondiaux du ‘trading’ et de la vente/origination sont localisés à Londres », indique le patron du pôle.

C’est aussi là qu’est installée une large part des institutionnels ciblés par la banque (lire l’entretien). Traditionnellement tourné vers les entreprises, BNP Paribas veut améliorer la distribution de ses produits auprès des gestionnaires d’actifs, fonds alternatifs, fonds de pension et assureurs. Ceux-ci représentaient à la fin du premier trimestre près de 30 % des revenus clients du fixed income, contre 20 % en 2007. Ils devront atteindre 40 % car « nous souhaitons doubler notre part de marché mondiale auprès de cette clientèle, pour la porter de 2,5 % à 5 % », indique Frédéric Janbon. Outre les équipes de vente, une vingtaine de professionnels assurent depuis 2009 le suivi des institutionnels à l’échelle mondiale pour leur proposer les produits du fixed income et du pôle de dérivés actions et matières premières de la BFI.

Le fixed income compte au total 2.500 personnes (dont 2.200 en front-office) réparties dans une trentaine d’implantations. Débutés mi-2009, les efforts de recrutement ont surtout porté sur l’exercice 2010 avec, à périmètre constant, plus de 300 embauches nettes de 190 départs. Le groupe veut continuer à investir dans ses plates-formes, mais « avec 140 embauches nettes depuis janvier, via des recrutements et des transferts internes, nous avons déjà réalisé l’essentiel de notre programme 2011, explique Frédéric Janbon. Nous avons ralenti le rythme des embauches cette année car les revenus futurs de l’activité sont incertains même si nous pensons être en mesure de continuer à accroître nos parts de marché ». La prudence est de mise pour ne pas dégrader le coefficient d’exploitation de la BFI, l’un des plus bas du marché.

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