BNP Paribas et Société Générale s’allègent encore

le 10/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Le premier doit poursuivre ses efforts pour son refinancement, le second pour ses fonds propres.

Présentation des résultats de Société Générale le 16 février 2012. La banque ne devrait pas être prête avant fin 2013 au sujet de Bâle III. BNP Paribas a une avance de plusieurs mois.

BNP Paribas et Société Générale se sont livrés à un exercice délicat : publier leurs comptes trimestriels dans l’entre-deux tours de l’élection présidentielle. Ils ne pouvaient qu’être prudents sur les conséquences du scrutin pour le modèle bancaire français (lire L’Evénement).

Frédéric Oudéa, PDG de Société Générale, s’est refusé à « spéculer » sur les conséquences du scrutin. Comme chez BNP Paribas, le plus urgent reste de se préparer aux normes prudentielles de Bâle III. Depuis l’été dernier, la crise de la dette en Europe leur impose de consolider à marche forcée leurs fonds propres et de réduire leur dépendance aux marchés pour leur refinancement.

Société Générale a déjà atteint ses objectifs en matière de liquidité : fin 2011 pour la baisse des besoins de court terme en dollars, et le mois dernier pour toute l’enveloppe long terme. BNP Paribas a fait le nécessaire sur le billet vert en bouclant le 20 avril la cession de son activité de « reserve-based lending » (prêts garantis par des réserves de pétrole) à Houston. Mais pour le moyen-long terme, son programme annuel n’était réalisé qu’à 75 % à mi-avril.

Efforts calibrés

Sur le front de la solvabilité en revanche, la banque de la rue d’Antin est en avance avec un ratio de fonds propres durs (Core Tier one) en Bâle 2,5 de 10,4 % à fin mars, contre 9,4 % chez Société Générale. Tous deux dépassent déjà les 9 % exigés des banques européennes pour fin juin. BNP Paribas a confirmé vouloir atteindre au 1erjanvier 2013 le seuil de 9 % de Core Tier one Bâle III, tandis que sa rivale se laisse un an de plus, sans augmentation de capital. Bâle III amputera le core Tier one de BNP Paribas de 180 points de base (pb) - sans compter -40 pb liés à la mise en valeur de marché de son portefeuille de titres souverains - et celui de Société Générale de 210 pb. Les cessions d’activités étant secondaires dans la stratégie de cette dernière, le résultat mis en réserve devra apporter 150 pb et la réduction du bilan de la banque de financement et d’investissement (BFI) 70 pb. En la matière, « 25 pb sont sécurisés », assure le directeur financier Bertrand Badré.

De son côté, la banque de la rue d’Antin peut se contenter de trouver 80 pb supplémentaires. Soit un effort comparable à celui du premier trimestre, où Société Générale a dégagé seulement 35 pb. La cession de la participation de BNP Paribas dans Klépierre (+32 pb pas encore comptabilisés) et la fin du plan d’adaptation (+20 pb) couvriront en grande partie les besoins restants. A fin mars, BNP Paribas a déjà réalisé 80 % de ce plan qui vise surtout la BFI et les financements spécialisés et « nous pouvons le boucler à l’été », a assuré à Reuters Jean-Laurent Bonnafé, directeur général du groupe.

Depuis l’été dernier, il a déjà réduit de 63 milliards d’euros les encours pondérés des risques (RWA), sur les 79 milliards attendus. Sur le trimestre écoulé, la baisse atteint 38 milliards grâce à Klépierre (comptabilisé dans ce cas), ce qui ramène les RWA à 576 milliards (dont 30 % en BFI), quand ceux de Société Générale sont restés stables à 329 milliards (dont 38 % en BFI). La banque de La Défense ne donne pas de chiffres précis sur l’avancée de son plan qui prévoyait un recul de 60 à 80 milliards d’euros des RWA. Bertrand Badré, le directeur financier, indique seulement qu’une « vingtaine de milliards » a déjà été réalisée dans la BFI sur les 30 à 40 milliards attendus.

Pour cela, la banque de La Défense a notamment cédé 4,9 milliards d’euros de lignes de crédit supplémentaires (contre 2 milliards chez BNP Paribas) au premier trimestre, avec un impact négatif de 226 millions d’euros sur le produit net bancaire (PNB). Ajouté à une variation de la dette propre du groupe, ce phénomène a pesé sur la performance du groupe (voir le tableau). « Notre niveau de revenus est environ égal au premier trimestre 2011 hors ‘deleveraging’ », assure toutefois Frédéric Oudéa.

Fait remarquable, la BFI est revenue dans le vert fin mars après une perte de 479 millions d’euros au dernier trimestre 2011. Elle est portée par le rebond de 39 % du fixed income (produits de taux, change et matières premières) contre +6,6 % chez BNP Paribas, pourtant mieux positionné sur ces métiers. Avec une prise de risque plus élevée d’un trimestre sur l’autre dans le trading de taux et crédit, l’activité a représenté la moitié du milliard de revenus de Société Générale Corporate and Investment Banking. « Ne les multipliez pas par quatre », a prévenu son patron Didier Valet. Revenir à un PNB annuel de 8 milliards d’euros n’est pas à l’ordre du jour pour la division qui table toujours sur un recul de son résultat brut d’exploitation (RBE) récurrent de 500 millions d’euros, comme celle BNP Paribas. 

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