BNP Paribas se positionne sur les infrastructures en Afrique du Nord

le 16/06/2011 L'AGEFI Hebdo

Les partenariats public-privé, ardemment promus par la Banque européenne d’investissement, sont vus comme un facteur facilitant, pas comme une panacée.

1180840

Trois cent milliards d’euros : c’est le besoin de financement d’infrastructures de la rive Sud de la Méditerranée, de la Turquie au Maroc, pour les vingt prochaines années, selon la Banque européenne d’investissement (BEI). Les perspectives démocratiques ouvertes par le « printemps arabe » n’ont fait que renforcer le potentiel de croissance perçu par les investisseurs et les bailleurs de fonds en Afrique du Nord. Ce contexte, comme la déclaration conjointe des ministres de l’Economie marocain, jordanien, tunisien et de la BEI en faveur des partenariats public-privé (PPP), signée le 30 mai à Casablanca, est porteur pour les banques.

BNP Paribas fait partie des acteurs qui misent sur l’ouverture et le décollage de l’arc sud-méditerranéen. « Nous avons un intérêt de principe pour la région mais nous gardons les mêmes critères que partout ailleurs dans le monde : le projet doit présenter un intérêt économique, être financièrement viable et se faire avec un client, international ou local, avec lequel nous avons envie de développer une relation forte », explique Othmane Alaoui, en charge de la coordination de la région Afrique du Nord au sein de l’équipe Project Finance du groupe. Parmi ces clients : GDF, présent au Maroc, Total, actif en Libye et en Algérie, comme des partenaires locaux tel Masen, le nouvel office de l’énergie solaire marocain.

Le groupe est notamment présent sur deux des cinq projets énergétiques majeurs du royaume du Maroc. Il est conseil financier de l’Office national de l’électricité, sur la concession d’un parc éolien de 150 mégawatts à Taza, ainsi que de Taqa, le groupe d’Abu Dhabi, pour la levée des financements de l’expansion des centrales au charbon de Jorf Lasfar. Sur ce dernier projet, il n’exclut pas de participer au financement. Il accompagne également un des participants à l’appel d’offres pour la centrale solaire de Ouarzazate.

Des obstacles

Romain Talagrand, responsable du secteur électricité pour la zone Emea (Europe, Moyen-Orient, Afrique) au département financement de projets de BNP Paribas, estime que « les PPP peuvent permettre de faire plus d’investissements, mais ce ne sont pas des cornes d’abondance ». Leur « plus » : « Un plus grand transfert des risques au secteur privé et la possibilité de faire jouer la concurrence entre opérateurs à plein lors de l’appel d’offres. » « Monter un ‘deal’ est compliqué ; si on trouve la bonne structure de contrat, la bonne matrice de répartition des risques, alors il devient intéressant de pouvoir la reproduire car cela permet de gagner la confiance du marché », complète Othmane Alaoui. En d’autres termes, l’avantage des PPP « réside dans la possibilité de réplication ».

« Chaque pays a ses spécificités », insiste toutefois le banquier. Le Maroc est ainsi le plus ouvert et le moins affecté à court terme par les événements politiques. L’Egypte reste de loin le plus grand marché potentiel de la région avec par exemple l’appel d’offres lancé début 2011 pour le réseau de transport du Caire, les travaux de traitement des eaux envisagés autour de la ville ou les projets pétroliers, électriques et routiers. Leur gel, ces derniers mois, est jugé temporaire. A dix ou quinze ans, les infrastructures devront être en place. La Libye, considérée comme un eldorado à cause des ses avoirs gaziers et pétroliers, reste un point d’interrogation.

L’Algérie, géant à la fois démographique et énergétique, a pour l’instant misé sur une stratégie de quasi-autonomie, imposant aux bailleurs étrangers des conditions pratiquement dissuasives.

La plus ou moins grande convertibilité des devises est un autre facteur à prendre en compte. BNP Paribas est en situation de fournir des financements en monnaie locale via ses filiales en Egypte, au Maroc et en Tunisie. Cependant, pour les projets les plus importants, quand le besoin de prêt excède le milliard de dollars, les financements en monnaie forte deviennent indispensables. Dans les schémas de concession, « cela nécessitera une indexation des tarifs et fera donc porter un risque de change au concédant », note Romain Talagrand. Et d’ajouter, s’agissant du Maroc, « l’appétit du concédant et du royaume pour ce risque ne sera pas illimité et il se peut que cela devienne un frein au développement de ce type de projet ».

Ces constats sont largement partagés dans l’industrie. « L’évolution est positive mais il faudra encore deux ou trois ans avant que le marché soit totalement fluide » et offre une meilleure sécurité juridique aux intervenants, explique Thierry Déau, président-directeur général du fonds Méridam, spécialisé dans les infrastructures. En attendant, les acteurs posent leurs jalons.

A lire aussi