BNP Paribas capitalise sur BankWest pour pallier son recul aux Etats-Unis

le 01/11/2012 L'AGEFI Hebdo

La banque française souhaite que son réseau de détail américain serve davantage d’entreprises nationales grâce à ses ressources en dollars.

 Quatre mille kilomètres séparent le siège de BankWest à San Francisco des activités de BNP Paribas à Wall Street. Pourtant, la banque française commence à développer des synergies entre sa banque de détail de l’Ouest américain et sa branche new-yorkaise de banque de financement et d’investissement (BFI). Depuis l’an dernier, BankWest élargit l’accès à ses solutions de financement, selon une source interne aux Etats-Unis. Alors que la BFI a dû réduire son bilan et ses ressources en billets verts (lire l’encadré), certains de ses petits clients peuvent d’ores et déjà être orientés vers BankWest. A ceux basés dans son fief californien, la banque peut proposer son offre de gestion de trésorerie ou des prêts de court terme tel le crédit-bail d’avions. Autre exemple, son agence de Denver (Colorado) s’est lancée dans le financement des producteurs d’énergie pour de petits montants, alors que la BFI s’en est désengagée : elle a cédé à Wells Fargo son activité à Houston, capitale des producteurs de pétrole, et à Calgary, l’eldorado canadien.

Ces initiatives restent toutefois mesurées car le régulateur est très vigilant sur la nature des activités menées par les banques commerciales. « La FDIC (Federal Deposit Insurance Corporation, NDLR), qui supervise les banques des dépôts, impose une étanchéité entre BankWest et la BFI, supervisée quant à elle par la Réserve fédérale de New York », rappelle une autre source dans le groupe. Changer le modèle de BankWest afin de pousser plus avant la coopération entre les entités américaines de BNP Paribas ne va pas de soi. D'autant qu'avec ses 700 agences, de la Californie au Midwest, et un bureau de représentation à New York, l’établissement a peu d’activités nationales, hormis le financement des bateaux de plaisance et des mobile homes.

Profil de risque

BNP Paribas doit d'abord « définir quelle clientèle et quel type de risque il souhaite faire porter par BankWest », admet cette source. Selon nos informations, son ambition serait de développer le crédit aux grandes entreprises au sein de sa banque commerciale. Pour cela, il lui faut l'accord de la FDIC. « Ce processus pourrait durer encore un an, prévient la source. A terme, grâce à ses dépôts en dollars, BankWest pourrait concentrer jusqu’à 20 milliards de dollars de prêts 'corporate'. » Une telle hypothèse n’est pas neutre pour BankWest qui affiche un encours total de prêts de 44,5 milliards de dollars pour 44,8 milliards de dépôts (à fin juin). Augmenter l’encours d’un tiers dégraderait fortement cet équilibre, même si la base de dépôts s’est renforcée (+10,1 % sur un an, contre +2,6 % pour les crédits).

En attendant, pour pallier son recul dans les prêts syndiqués, la BFI compte aussi sur sa plate-forme obligataire. Il y a deux ans, BNP Paribas espérait entrer rapidement dans le Top 10 des émissions primaires obligataires aux Etats-Unis (L’Agefi Hebdo du 4 novembre 2010) mais doit se contenter cette année de la 13e place, selon Thomson Reuters. Ce marché, très prisé des grandes entreprises américaines, est pourtant l’une des deux priorités aux Etats-Unis annoncées par Jean-Laurent Bonnafé, directeur général de BNP Paribas, dans le Financial Times (9 septembre).

L’autre concerne la gestion patrimoniale. BNP Paribas a déployé l’an dernier son modèle de banque privée adossée à un réseau retail chez BankWest. Remise à flot après ses pertes de 2009, cette dernière est un actif de qualité, mais ses synergies avec le groupe restent limitées. Ce qui pourrait compromettre son avenir dans le giron de BNP Paribas… à moins qu’elle soit autorisée à accorder de nouveaux crédits aux entreprises.

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