Dossier GPAF

Un bilan mitigé pour l’analyse financière indépendante

le 28/06/2012 L'AGEFI Hebdo

La MIF et l’« unbundling » n’ont pas tenu toutes leurs promesses. Des initiatives ont vu le jour, mais on reste loin du big-bang annoncé.

L’heure des bilans. Alors que cela fera bientôt cinq ans que la directive européenne Marchés d’instruments financiers (MIF) est entrée en vigueur et qu’une nouvelle mouture est en préparation, qu’en est-il aujourd’hui de l’analyse financière indépendante ? La MIF avait introduit une innovation, le partage de la commission de courtage qui devait permettre la dissociation, pour tout ordre de Bourse, de la rémunération des services d’exécution de la rémunération des services de recherche. Il s’agissait ainsi de donner les moyens d’existence à des bureaux de recherche indépendants. AlphaValue a été l’un des premiers à se lancer dans la brèche en 2007 en France. « Notre décision était motivée principalement par deux raisons, explique le stratégiste Pierre-Yves Gauthier. D’une part, la MIF créait une véritable opportunité en ouvrant la voie à l’'unbundling', la commission partagée. D’autre part, il devenait évident qu’une plus grande discipline dans l’analyse financière était un facteur de différenciation et pouvait créer des leviers. » Mais la société n’est devenue vraiment opérationnelle qu’en 2009. « La réussite passe par de lourds développements informatiques pour mettre en place un système de production permettant d’accroître la productivité des analystes et la transparence dans leur travail, poursuit Pierre-Yves Gauthier. La transparence est la meilleure preuve d’indépendance. » Aujourd’hui, AlphaValue compte une équipe de 25 analystes ainsi qu’une dizaine de personnes dans les fonctions supports. Elle couvre 460 sociétés européennes, parmi les premières capitalisations.

Des acteurs de niche

« Mais en France, tout comme dans un grand nombre de pays européens, excepté AlphaValue, on n’a pas assisté à l’apparition de nouvelles offres de recherche globale, mais plutôt à l’émergence d’acteurs de niche, constate un professionnel. Un certain nombre d’analystes très reconnus dans leur domaine ont franchi le pas pour créer, seuls ou avec une petite équipe, une offre de recherche indépendante sur un secteur en particulier (comme les biotechnologies, le pétrole ou les valeurs technologiques). » Les investisseurs peuvent apprécier l’aide de ces spécialistes qui leurs apportent un éclairage tant industriel que financier. « En effet, les gérants ont déjà accès à une recherche financière pléthorique, mais ils ont besoin de bien comprendre les rouages des métiers sur lesquels ils investissent, poursuit ce professionnel. Mais il est difficile de savoir s’ils arrivent à être rentables et s’ils pourront être pérennes. »

D’autres initiatives ont pu profiter de l’accent mis sur la recherche indépendante, sans être pour autant concernés directement par la MIF. Il s’agit notamment de Spread Research, un bureau de recherche crédit indépendant, fondé par Julien Rerolle en 2004, soit avant la MIF. Avec trois associés et une dizaine d’analystes basés à Lyon, il couvre trois univers distincts : le high yield européen, les convertibles européennes et les pays émergents. « L’investisseur paie la recherche directement, indique l’un des associés, Cédric Rimaud. On peut bien entendu bénéficier de la commission partagée, mais les clients ne sont pas toujours au fait. En effet, les transactions sur le marché obligataire se font souvent de gré à gré, il n’y a donc pas de commissions explicites. En revanche, c’est plus aisé sur les convertibles car il y a une composante actions dans ces produits. »

Une diversification nécessaire

Habitués à jongler avec les chiffres, les analystes indépendants n'en sont pas pour autant prolixes à propos de leurs propres chiffres. Peu d’entre eux s’adonnent à l’exercice, et souvent avec parcimonie. Il faut néanmoins concéder que, à peine a-t-elle eu ses moyens d’existence, l’analyse financière indépendante a souffert - comme l’ensemble des professions financières  de la crise. « Nous avons pris deux ans de retard avec la crise grecque mais nous sommes bien partis pour atteindre le point mort en 2013 », reconnaît Pierre-Yves Gauthier. La crise aura aussi eu le mérite de poser la question de la diversification. « Nous n’envisageons pas d’accroître notre couverture avant d’équilibrer les comptes, tient à préciser le directeur de la recherche d’AlphaValue. En revanche, nous pouvons nouer des accords avec des partenaires auxquels nous permettons de déployer notre modèle et nos logiciels sur d’autres régions géographiques. C’est déjà le cas avec AlphaMena sur le Maghreb, mais cela peut être envisagé aussi sur d’autres régions. » AlphaValue pourrait prochainement nouer des partenariats commerciaux pour déployer sa recherche sur d’autres marchés européens. Ces partenariats pourraient prendre la forme d’accords cédant à un brokerlocal le monopole de la vente de la recherche d’AlphaValue.

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