Bientôt une base de données actions consolidée paneuropéenne ?

le 20/12/2012 L'AGEFI Hebdo

La société britannique The Coba Project présente un projet de « consolidated tape » pour répondre à la directive Marchés d'instrument financiers mi-2013.

Bientôt une base de données actions consolidée paneuropéenne ?

Le projet de base de données consolidée privée des transactions effectuées sur les actions européennes pourrait prendre forme avec The Coba Projet. La société britannique créée par Graham Dick, ancien responsable du développement de Chi-X Europe, et Mark Schaedel, ancien responsable des données de marché de Nyse Euronext, a, dans une lettre publique le 27 novembre, proposé aux Bourses, plates-formes alternatives (MTF), banques d'investissement et distributeurs de données de se mettre d'accord sur un schéma de publication des données répondant à la fragmentation des marchés. Depuis l’entrée en vigueur de la directive Marchés d’instruments financiers (MIF) en 2007, les lieux potentiels d'échanges pour un même titre se sont multipliés en Europe, au point qu'il n'est plus évident d'avoir une vue d'ensemble des transactions réalisées, sur les différents marchés et de gré à gré (OTC)...

Quel modèle économique ?

Il est devenu indispensable de réagréger ces données. Pour y parvenir, The Coba Project propose d'établir un administrateur de base de données (consolidated tape administrator, CTA) qui standardiserait les processus et superviserait les fournisseurs potentiels : Bourses, plates-formes MTF, broker crossing networks (BCN), etc. Ceux-ci fourniraient d’abord leurs données de marché post-trade, instantanément ou juste après la transaction, et pour un tarif très inférieur après 15 minutes. Dans une seconde phase, ils fourniraient aussi leurs données pre-trade (EBBO). Toutes ces données seraient vendues par les habituels distributeurs (Bloomberg, Thomson Reuters, Interactive Data, Fidessa, etc.) aux clients utilisateurs, à un prix prédéfini et « raisonnable ». « La directive MIF 2 en cours de négociation à Bruxelles va demander à l’industrie de s'engager sur cette consolidation à ces conditions, rappelle Graham Dick. Si celle-ci ne propose pas de solution, le régulateur finira par en imposer une en force. » Les revenus seraient ensuite redistribués, par les soins de l’administrateur qui pourrait être The Coba Project, aux plates-formes d'échanges à l'origine des informations.

Pour la première phase, prévue mi-2013 sur les actions européennes les plus liquides, les initiateurs du projet appellent les différents fournisseurs de données à valider leur modèle de redistribution des revenus, ainsi que les standards de transmission adoptés par les opérateurs bancaires (Fix Protocol Limited, FPL). « La réallocation des revenus comportera une prime conséquente aux données sur les transactions les plus transparentes, et bien sûr aussi aux données les plus fiables », explique Graham Dick, avec l’objectif de proposer une base totalement nettoyée des informations imprécises, pouvant donner lieu à des oublis ou doubles comptages par exemple. Une base sera proposée à partir des données naturellement « accessibles » (tape A), provenant des marchés transparents (réglementés ou MTF) et des compartiments dark ou OTC de ces plates-formes. Une deuxième (tape B) regroupera les données sur les autres transactions OTC, actuellement répertoriées en partie par Markit Boat. Le débat difficile entre opérateurs bancaires sur la typologie des ordres OTC s’est apaisé depuis l’an dernier avec l’adoption de la Market Model Typology dans les processus FPL. Mais il pourrait resurgir lorsqu’il faudra définir le processus précis d’identification des ordres (flagging).

Globalement, le modèle économique reste difficile à trouver. « Si on a rapidement quatre ou cinq Bourses, quatre plates-formes MTF et des représentants du 'sell-side' et du 'buy-side', il y aura un effet d’entraînement », estime Graham Dick. Mais contrairement au modèle américain où intervient une coopérative quasiment publique, l'Europe serait ici en présence d'une société commerciale, ce qui laisserait la porte ouverte aux habituels agrégateurs de données qui pourraient également remplir le rôle de CTA. Cette concurrence, au-delà des risques techniques que les standards FPL anticipent, pourrait être un obstacle à l’objectif de fédérer sur une même base les 135 fournisseurs de données potentiels... Certains qui avaient déjà développé leur propre projet, comme Nyse Euronext ou Thomson Reuters, attendent logiquement la fin des négociations sur MIF 2 pour se porter éventuellement aussi candidats au statut de « consolidated tape provider » (CTP).

A lire aussi