Lionel Aré, responsable mondial de la "practice finance" au BCG

« Les BFI ont perdu du RoE et doivent revoir l’ensemble de leurs métiers »

le 20/02/2014 L'AGEFI Hebdo

Photo : Fotolia

Pourquoi les résultats des banques ont-ils été en retrait en « fixed income » l’an dernier ?

Le fixed income est un métier où la conjoncture joue beaucoup, ce n’est pas un phénomène nouveau. Il y a toujours de bonnes et de mauvaises années, même avant la crise. Mais le phénomène est aussi structurel. Avec les nouvelles réglementations et notamment la nécessité d'augmenter les fonds propres alloués, l’ensemble des activités de marchés de capitaux est moins rentable. Les BFI ont perdu quelques pourcentages de RoE et doivent revoir l’ensemble de leurs métiers et en améliorer leur efficacité. Il faut faire des choix. C’est pourquoi on a vu quelques acteurs en partie sortir des marchés de taux ou de certains de ses segments. Par ailleurs, le marché et la réglementation poussent progressivement toutes les classes d’actifs à passer par des plates-formes électroniques pour être échangées, enregistrées, voire compensées, cela accroît la pression sur les marges et requiert des investissements informatiques tels qu’il faut avoir une taille critique pour continuer. Enfin, les produits de flux reprennent une place plus importante alors qu'ils sont traditionnellement moins rémunérateurs.

Les projets sur les structures bancaires vont-ils impacter ce métier ?

Tout va dépendre de la définition du compte propre. Si celle-ci est très stricte et n’inclut pas la tenue de marché, cela aura un impact limité, et déjà largement anticipé. C’est le cas en France. En revanche, le projet européen pourrait retenir une vision plus large englobant la tenue de marché. Or il est difficile de séparer ces activités des opérations réalisées pour le compte de clients, et d'identifier pour toute opération deux contreparties stricto sensu. La tenue de marché est essentielle pour beaucoup d'activités du fixed income, c'est une demande des clients, la banque doit apporter la fluidité des opérations. Si la tenue de marché est cantonnée avec le compte propre, les banques seront obligées d’aller encore plus loin dans la reconfiguration du fixed income. Par ailleurs, les filiales de marché de ses banques ne pourront plus s’appuyer sur leurs activités de dépôts pour remplir leurs obligations en termes

de capitalisation et de liquidité.

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