Entretien avec... Christophe Bonnet, chargé de suivi des intermédiaires de marché à la direction des marchés de l’Autorité des marchés financiers (AMF)

« Les BFI ne naviguent pas dans l’inconnu »

le 18/07/2013 L'AGEFI Hebdo

Les banques de financement et d’investissement (BFI) vous semblent-elles avancer de façon satisfaisante dans leur préparation à Emir ?

Nous sommes en contact régulier avec elles. Le travail de mise en conformité est important mais les BFI connaissent bien Emir et elles ont pris la mesure du caractère structurant du règlement. Tout n'est pas nouveau pour elles. Depuis 2008, elles ont sensiblement modifié leurs pratiques notamment dans le cadre de l’Isda (Association internationale des

swapset dérivés, NDLR) et d’un groupe de travail international présidé par la Réserve fédérale de New York. Les quatorze plus grandes d'entre elles, parmi lesquelles deux françaises, se sont engagées à améliorer les pratiques sur le marché des dérivés de gré à gré - OTC - (notamment des CDS - credit default swaps) : standardisation des contrats, confirmations électroniques, compensation, compression, déclaration à des référentiels centraux, rapprochements de portefeuille, échange de collateral. Toutes ces pratiques ont été introduites ou étendues par les BFI sur les produits dérivés OTC les plus liquides. Emir les étend à l’ensemble des dérivés OTC. Les BFI ne naviguent donc pas dans l’inconnu.

L’obligation de « reporting » aux référentiels centraux reste un sujet de préoccupation…

L’Esma (Autorité européennes des marchés financiers, NDLR), qui étudie les dossiers d’agrément des référentiels centraux, vient d'annoncer que leur enregistrement n'interviendrait probablement pas avant le 24 septembre. L’obligation de reporting ne sera donc pas effective avant le 1er janvier 2014. Parmi les BFI, des questions peuvent se poser au sujet du double reporting (en cas de deux contreparties de nationalité différente). Mais certains référentiels pourraient offrir de gérer cet aspect. Emir va un cran au-delà des pratiques mises en place sur les CDS depuis 2008, les BFI devront s'adapter. Mais le reporting permettra une bien meilleure vision des volumes et de la nature des produits échangés au-delà des volumes nominaux connus aujourd’hui, au bénéfice de l'ensemble du marché.

La lourdeur de la régulation ne menace-t-elle pas le business des dérivés ?

Les régulateurs ont entendu les inquiétudes des acteurs sur la disponibilité du collateral. Mais l’objectif reste de favoriser la compensation, gage de sécurité. Les contrats non standards et moins liquides sont plus risqués et doivent supporter un coût plus important. Certains dérivés, notamment ceux sur les actions, seront plus difficiles à standardiser et donc à compenser centralement. Cela dit, ils représentent une faible portion du marché et font déjà pour la plupart l’objet d’échange de collateral. Il est difficile de prédire ce que sera le paysage dans cinq ans. Mais une chose est certaine : Emir contribuera à la transparence, à la standardisation et à la sécurisation du marché.

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