BFI françaises, la gestion extinctive des actifs risqués touche à sa fin

le 18/04/2013 L'AGEFI Hebdo

La banque de financement et d'investissement de Société Générale a déjà réduit de moitié son portefeuille. Natixis pourrait liquider le sien dans un an.

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Les banques françaises, qui ont épuré leurs comptes depuis la crise de 2008, voient le bout du tunnel. Alors que Natixis, Société Générale et Crédit Agricole ont créé des structures de cantonnement en vue d’y loger leurs actifs risqués ou illiquides, « celles-ci ont activement géré ces portefeuilles. Les actifs pondérés du risque (RWA) de ces entités en extinction ont fortement chuté l’an passé, se retrouvant à de faibles niveaux, inférieurs à 5 % du total de bilan pondéré du risque (voir le tableau, NDLR) », estime Marnik Hinnekens, responsable de la recherche crédit chez Tullett Prebon.

Natixis prévoit ainsi une liquidation de sa structure dédiée GAPC (Gestion active des portefeuilles cantonnés), présentée dans les comptes comme un métier à part entière, d’ici à mi-2014. Ce pôle, sorti de la banque de financement et d’investissement (BFI) peu de temps après son lancement en 2009 et rattaché depuis à la direction générale, a vu ses actifs tomber à quelque 14 milliards d’euros fin 2012, contre 35 milliards lors de sa création. Les RWA de GAPC ont reculé sur cette période de 29,7 milliards (représentant alors 20 % du total de bilan pondéré du risque) à 6 milliards d’euros (4,8 %).

Chez Société Générale, le portefeuille d’actifs illiquides, géré comme une filiale logée dans la BFI, s’est considérablement réduit l’an passé. Sa taille a été divisée par deux, passant de 17 à 8,8 milliards d’euros (en recul de 52 % à 9,8 milliards d’euros en actifs pondérés du risque). Sur dix-huit mois, 19 milliards ont ainsi été cédés. « En 2012, la charge nette du risque des actifs gérés en extinction s’établit à -262 millions d’euros, en forte réduction par rapport à -425 millions en 2011 », indique Société Générale dans son dernier rapport annuel. L’impact négatif sur les revenus de l’activité de BFI s’est également réduit, passant de -476 millions à -268 millions d’euros sur 2012.

2014, une échéance crédible

Crédit Agricole CIB (CA CIB), dont les activités en extinction sont gérées isolément mais sans structure juridique dédiée, touche également au but. Alors que l'ensemble des actifs pondérés du risque de la BFI ont été réduits de 49 milliards d’euros entre juin 2011 et fin 2012, atteignant 155 milliards d’euros, les principales opérations ont porté sur la vente de CDO (collateralized debt obligations), représentant 17 milliards d’euros de RWA, et sur le transfert d’un portefeuille de CDS (credit default swaps) d’entreprises au hedge fund américain Blue Mountain (14 milliards d’euros). Visant 120 milliards d’euros de RWA à moyen terme, CA CIB mise pour y parvenir sur l’accélération de la sortie de ces portefeuilles, via des cessions, une extinction totale ou en les confiant à des prestataires extérieurs. La BFI de Crédit Agricole, qui a parallèlement réduit le champ de ses activités en fermant ses activités de matières premières et dérivés actions, a en outre cédé 10,3 milliards d’euros de crédits bancaires depuis 2011 avec un taux de décote moyenne de 2,3 %.

Le calendrier avancé par Natixis pourrait dès lors s’appliquer aux deux autres banques. « Nous sommes globalement sur les mêmes ordres de grandeur. Une extinction d’ici à mi-2014 est envisageable », relève Marnik Hinnekens. « L’échéance annoncée par Natixis est crédible. Pour la banque de gros de BPCE, comme pour Crédit Agricole ou Société Générale, la date de liquidation intégrale de leur portefeuille dépendra des prix de vente. Les derniers actifs sont probablement les moins facilement revendables et nécessitent une plus forte décote », estime Pierre Reboul, associé senior chez Roland Berger. 

Une page semble enfin se tourner pour ces banques. Aux yeux de Marnik Hinnekens, « la gestion des activités en extinction des banques françaises passe désormais au second plan. L’attention des investisseurs se concentre sur l’opérationnel, à savoir le taux de couverture des provisions et la qualité des actifs (taux de créances douteuses dans la banque de détail) ».

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