BFI, un équilibre à préserver

le 18/10/2012 L'AGEFI Hebdo

Si les banques françaises veulent sauver l’originalité de leur modèle, il leur faudra batailler. Largement loué en Europe pour la qualité de sa réflexion, le rapport Liikanen contient tous les ingrédients pouvant conduire à une remise en cause de la banque universelle telle qu’elles la pratiquent. En refusant de distinguer activités pour compte propre d’une part et de tenue de marché de l’autre, en prônant leur filialisation ainsi qu’une remise en cause de la notion d’actifs pondérés, ses conclusions visent à dissuader les acteurs de prendre des risques pouvant implicitement menacer la base de dépôts, et à imposer aux grandes BFI européennes un surcroît important de fonds propres. Une atrophie d’une partie de leurs activités de marchés en résulterait, censée trouver sa contrepartie dans une sécurité accrue des déposants.

La « règle Liikanen » diffère de la « règle Volcker » que les autorités françaises ont en tête comme fil directeur de la loi qu’elles préparent pour la fin de l’année. En centrant leur argumentaire sur la nécessité de cantonner les seules activités de marché ne répondant pas à un besoin de la clientèle, les banques françaises, d’accord en cela avec leur tutelle, complètent à bon droit la logique de sanctuarisation des dépôts par celle de garantir un financement optimal de l’économie. Comme le mouvement actuel de régulation accroissant le rôle dévolu au marché, cela suppose des bilans conséquents pour supporter ces risques supplémentaires.

Convaincre nos partenaires n’ira pas de soi. Il faudra démontrer que la distinction entre les activités pour compte propre et les autres, certes difficile, n’est pas impossible comme le laisse penser l’incapacité américaine à mettre en œuvre ce volet de la loi Dodd-Frank. Cela supposera aussi d’apaiser l’inconfort croissant des régulateurs au sujet de la taille du bilan des grandes banques européennes et de la pondération de leurs risques. Cette crainte est telle que des voix s’élèvent déjà pour réclamer que les limites d’actifs risqués par rapport au total du bilan proposées par le rapport pour déclencher un cantonnement ou une saisine des régulateurs soient plutôt revues à la baisse qu’à la hausse. Cela laisserait peu d’espoir aux champions français d’échapper aux mailles du filet.

Il faut espérer que des compromis seront trouvés qui satisfassent les intérêts du modèle bancaire d’Europe continentale. Son économie aura besoin de structures bancaires puissantes et diversifiées. Une rupture d’équilibre enclencherait une dynamique de scissions favorisant l’émergence de pures BFI de très grande taille, pour cause de barrières à l’entrée de leurs métiers très élevées. Cela ferait peut-être les affaires de la City, mais en quoi la naissance de tels mastodontes, dont l’Histoire a montré la fragilité, garantirait-elle mieux qu’aujourd’hui la sécurité financière du continent ?

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