La BFI en quête de rentabilité

le 20/02/2014 L'AGEFI Hebdo

Les banques d’investissement peuvent-elles encore être rentables ? La question est légitime à la lecture des résultats des établissements financiers des deux côtés de l’Atlantique. Qu’ils semblent lointains, les 15 % de retour sur fonds propres d’avant-crise. Les revenus tirés des activités obligataires, de change et de matières premières, longtemps vaches à lait de ces groupes, ont fortement reculé en 2013, pesant sur les résultats (lire L’évènement page 10). Une vraie déconvenue pour certains acteurs, pour qui

les marchés de taux représentaient la meilleure source de revenus.

La conjoncture est sur le banc des accusés, bien sûr, alors que les perspectives du resserrement des achats d’actifs par la Réserve fédérale américaine ont poussé les investisseurs sur les marchés actions. Mais les contraintes structurelles se font de plus en plus pressantes. Transformées par les avancées technologiques, attaquées par les réformes prudentielles qui les rendent de plus en plus coûteuses en termes de capital, et menacées par la réglementation – de la règle Volcker au projet européen de séparation des structures bancaires –, les banques s’interrogent sur l’intérêt de poursuivre la fourniture de ces types de produits et services, pourtant au cœur du modèle originate-to-distribute appelé de leurs vœux par les régulateurs.

Pourtant, elles n’en doivent pas moins continuer à assurer leur fonction première, celle de financer l’économie. Dans ce nouvel environnement, les BFI, comme les banques de détail avant elles, doivent donc sérieusement repenser leur modèle. Place à l’industrialisation, à la hiérarchisation des clients, voire à la fusion de métiers. Il s’agit de revoir les périmètres tant en termes de produits que de géographie, en fonction du capital mis en regard. C’est indispensable pour les banques européennes : le chantier de la réduction de la taille des bilans, largement entamé dans la perspective de l’application prématurée des ratios de Bale III, s’est encore élargi avec la préparation à la revue des actifs par la Banque centrale européenne, préalable indispensable à la mise en route de l’Union bancaire. Celui de l’arbitrage entre activités et de réduction des coûts est encore en cours. C’est crucial aussi pour les américaines, même si elles peuvent se targuer de meilleurs résultats grâce à un modèle plus diversifié. Confrontées à une réduction des actifs pondérés du risque mais surtout à la suppression des activités pour compte propre et des participations dans les hedge funds ou fonds de private equity, elles n’échappent pas non plus à la remise en cause de leur stratégie.

Quelle sera le modèle gagnant au terme de ces soubresauts ? Une chose est sûre : moins rentables et moins risquées, les établissements devront tout de même trouver la clé pour créer de la valeur. Tel était bien le souhait des régulateurs.

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