La BFI d’UBS joue son va-tout

le 03/11/2011 L'AGEFI Hebdo

La banque suisse devrait réduire la voilure sans changer de business modèle.

Le siège d’UBS à Zurich. Photo : Peter Frommenwiler/Bloomberg

La date choisie est la même qu’il y a deux ans, mais le ton devrait être tout autre. Ce 17 novembre, UBS dévoilera son nouveau plan stratégique, deux ans jour pour jour après avoir affiché son ambition de reconquête. A l’époque, la première banque suisse voulait tourner la page de ses déboires avec les crédits subprime et le fisc américain, sur fond de lutte contre les paradis fiscaux. Oswald Grübel, l’ancien patron de Credit Suisse, était sorti de sa retraite pour faire d’UBS un grand groupe intégré, mariant gestion de fortune et banque de financement et d’investissement (BFI). Il vient d’y retourner après avoir démissionné à la suite de la fraude supposée de Kweku Adoboli, le trader londonien dont les transactions non autorisées ont coûté à UBS 1,85 milliard de francs suisses (1,52 milliard d’euros) au troisième trimestre.

L’affaire, révélée le 15 septembre, a fait ressurgir les vieux démons d’une banque prompte à la prise de risques (lire aussi page 40). Les deux coresponsables mondiaux de la ligne de métier concernée l’ont payé de leur place. La BFI a limité la casse en perdant seulement 650 millions de francs au troisième trimestre, grâce à un gain de 1,7 milliard de francs sur sa dette propre. Au total, le groupe affiche un bénéfice net de 1 milliard de francs, égal à celui du trimestre précédent, malgré des revenus en baisse de 12,5 %, à 6,4 milliards de francs.

Ces chiffres restent très inférieurs aux objectifs fixés il y a deux ans pour 2012-2014. UBS visait alors un bénéfice annuel avant impôt de 14,8 milliards de francs, dont 6 milliards en BFI. Cette dernière devait générer à elle seule 20 milliards de francs de revenus. En 2010, elle a totalisé seulement 12 milliards, puis 7,7 milliards sur les neuf premiers mois de 2011. De plus, la banque visait un rendement des capitaux propres de 15 % à 20 %. Elle devrait annoncer le 17 novembre une baisse de 5 points de son objectif, pour le ramener entre 10 % et 15 %, selon le SonntagsZeintung du 24 octobre. La banque prendrait ainsi en compte la nouvelle donne liée à la crise de la dette européenne et aux futures normes de solvabilité de Bâle III. Le régulateur suisse impose à UBS et à son compatriote Credit Suisse un ratio de fonds propres durs d’au moins 10 % sous Bâle III, contre 7 % dans les autres banques.

La baisse de rentabilité ira de pair avec un profil de risque moins risqué. « On ne peut pas dire que l’on va prendre moins de risques et espérer atteindre la même profitabilité », a déclaré Sergio Ermotti, lors des résultats trimestriels le 25 octobre. Le directeur général par intérim ne prône toutefois pas une réforme radicale d’UBS. « Nous voulons une banque d’investissement et des activités de gestion d’actifs solides, profitables et recentrées », soutient-il, estimant que la BFI offre « un grand intérêt complémentaire » des autres métiers du groupe.

Débat sur la scission

« Je n’ai pas de fortes attentes pour le 17 novembre, explique Dieter Hein, analyste chez AlphaValue. UBS manque de leadership car il recherche toujours son futur directeur. Les grandes décisions seront prises une fois qu’il sera nommé et qu’il aura pris le temps de faire sa propre analyse de la situation. » Avant de prendre la présidence du groupe en 2013, Axel Weber, l’ancien numéro un de la banque fédérale allemande, rejoindra UBS dès février pour trouver un remplaçant définitif à Oswald Grübel.

En attendant, une scission du groupe, souvent prônée, n’est pas à l’ordre du jour. Pourtant, le débat fait rage dans la Confédération helvétique sur l’utilité de séparer les activités de dépôt (banque de détail ou gestion privée) et les activités de marché, plus risquées, pour éviter les crises systémiques : en 2008, UBS avait reçu 6 milliards de francs de fonds publics et transféré 26 milliards d’actifs toxiques à la banque nationale suisse.

L’ancien leader mondial de la gestion de fortune pointe désormais en troisième position, derrière Bank of America-Merrill Lynch et Morgan Stanley, selon le classement 2010 du cabinet Scorpio Partnership. UBS gérait 1.371 milliards de francs à fin septembre, dont une petite moitié dans sa division Amérique. L’impact éventuel de la fraude de trading n’était alors pas encore visible sur la collecte auprès de clients privés (voir l’avis d’expert). Celle-ci est redevenue positive en début d’année seulement, après le retrait de quelque 200 milliards de francs en deux ans et demi. L’Asie-Pacifique, les autres marchés émergents et les Etats-Unis tirent la collecte, mais les flux restent négatifs auprès des clients européens non résidents, sur fond de chasse à la fraude fiscale. « Comme Credit Suisse, UBS serait encore très profitable sans une grande banque d’investissement, estime Dieter Hein. C’est pourquoi le groupe devrait de nouveau réduire cette division pour éviter une forte volatilité et de nouveaux problèmes de réputation. »

Au troisième trimestre, la BFI mobilisait encore les deux tiers des fonds propres de la banque (attribuables aux actionnaires). Une allocation plus faible, en ligne avec la capacité bénéficiaire de l’activité, pourrait être annoncée le 17 novembre. « La banque d’investissement va continuer à renforcer son alignement avec les activités de gestion de fortune d’UBS », a récemment indiqué Kaspar Villiger, le président du groupe. Sans préciser comment ces liens seront formalisés… et « tout en continuant à servir les clients corporates, souverains et institutionnels ». Difficile dès lors d’anticiper les choix d’UBS. Pour favoriser les solutions transversales, il créera peut-être une entité commune à sa banque privée, sa gestion d’actifs et sa BFI, comme l’a fait Credit Suisse. Le modèle de ce dernier reste en fait assez proche de celui d’UBS.

Les taux et crédits sur la sellette

Les analystes de JPMorgan anticipent une réduction de l’activité FICC (fixed income, credit and commodities ou taux, change et matières premières), principalement aux Etats-Unis. « Nous pensons qu’une restructuration de l’activité FICC renforcera la franchise de banque privée, expliquent-ils dans une note du 20 octobre. Lors de sa conférence téléphonique du deuxième trimestre, la direction d’UBS a indiqué que des activités de BFI telles que l’exécution, les marchés de capitaux et les activités de flux sont nécessaires à la banque privée et que 50 à 75 % des opérations de trading « seraient nécessaires pour que la banque privée continue à fonctionner ».

Selon JPMorgan, UBS devrait réduire d’un tiers son dispositif de crédits structurés et de taux, et d’un cinquième les crédits vanilles. Ces trois activités devraient générer respectivement 3 %, 4 % et 8 % de ROE en 2013 sous Bâle III. JPMorgan prédit aussi une sortie du courtage de matières premières, non rentable, tandis que les changes et les marchés émergents resteront des pièces maîtresses. Les revenus des opérations sur devises ont doublé au troisième trimestre, sur fond de volatilité et de forte demande, mais UBS a enregistré des pertes de trading sur les marchés émergents comme sur le crédit.

Dans le courtage actions, UBS figurait toujours en 2010 dans le Top 5 mondial, selon le bureau d’analyse. Cette activité pourrait encore profiter d’un taux de croissance annuelle de 7 % et générer un retour sur capital d’environ 40 % en 2013. A défaut d’une réforme radicale, elle devra renforcer ses contrôles internes et sa gestion du risque pour rétablir la confiance après la fraude de Kweku Adoboli.

Quels que soient les arbitrages finaux, la restructuration des équipes devrait se poursuivre : 45 % des 3.500 suppressions de postes annoncées cet été (voir le graphique) concernent directement le BFI qui employait fin juin 17.800 personnes. Ces départs s’ajoutent aux défections vécues par UBS depuis la crise de 2008, notamment dans sa banque d’affaires (fusions-acquisitions, émissions primaires). Les embauches massives réalisées depuis n’ont pas suffi à maintenir UBS aux premières places mondiales.

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