BBVA déploie un nouveau dispositif de banque d’affaires en Europe

le 19/05/2011 L'AGEFI Hebdo

Le groupe espagnol vient de nommer deux nouveaux patrons en France et en Italie. Et renforce ses activités de banque de gros et de gestion d’actifs.

Comme l’annonçait L’Agefi Edition de 14h le 11 mai, François Wohrer, spécialiste de la banque d’affaires (ex-DC Advisory Partners et UBS Investment Bank), vient de prendre les rênes de BBVA France. Début mai, c’est le bureau italien de la banque espagnole qui voyait arriver un nouveau country manager (patron pays), Edoardo Toscani, également venu, via Barclays Capital et Lehman Brothers, de la banque de financement et d’investissement (BFI).

Si le groupe présente ces nominations comme des « sujets séparés », celles-ci semblent pourtant bien s’inscrire dans l’ambitieux plan triennal visant à renforcer les activités de banque de gros et de gestion d’actifs (WB&AM dans ses sigles anglais) annoncé par BBVA fin 2010. Le projet d’expansion de la division, dirigée au niveau mondial par José Barreiro, passe par 1.000 embauches d’ici à trois ans et 400 millions d’euros d’investissement dans sa plate-forme technologique. Quelque 40 % des 4.000 employés actuels étaient jusqu’ici basées en Espagne. En outre, BBVA est en train de boucler la « délocalisation » à Londres d’une cinquantaine de spécialistes des marchés de titres à taux fixes qui ont quitté Madrid pour rejoindre la petite demi-douzaine de professionnels œuvrant jusque-là à la City. BBVA modifie ainsi ses équilibres.

Face à face avec Santander

Grâce à un « ADN » fortement centré sur la banque de détail, le groupe n’a pas été « contaminé » par les actifs toxiques et a pu sortir de la crise financière relativement indemne. Il espère désormais pouvoir mettre à profit la solidité de son bilan

pour développer ses activités de BFI.

L’intention n’est pas nouvelle. Comme pour sa rivale, Santander, dont l’équipe française, d’une quarantaine de personnes, a aussi affirmé à L’Agefi Hebdo (22 juillet 2010) avoir « vocation à croître rapidement ». Celle de BBVA France pourrait désormais chercher à se renforcer, en particulier autour de sa plate-forme en fusions-acquisitions et en equity capital markets.

Son marché domestique peine certes à se relever de l’explosion de la bulle immobilière, mais BBVA peut aussi compter sur sa diversification géographique. En plus de l’Amérique latine, où elle a acquis une grande expertise, la banque est également présente en Turquie (depuis la prise de contrôle de Garanti), en Chine, en Europe et aux Etats-Unis. Pour attirer les investisseurs internationaux, le pont qu’elle peut offrir entre l’Europe, l’Amérique et l’Asie apparaît ainsi comme un atout. Santander bénéficie d’ailleurs du même. « Leur présence en Amérique latine peut être d’autant plus attractive pour une clientèle européenne que les deux groupes y ont démontré une réelle volonté de permanence en rachetant des banques locales, souligne Pablo García, directeur Equity chez Oddo Securities. Ils offrent une porte d’entrée fiable sur ces marchés. » Une analyse partagée par François Wohrer : « Avec plus de la moitié de ses revenus en provenance des marchés émergents, BBVA est idéalement placé pour aider les entreprises françaises à accéder ou à renforcer leurs positions dans les pays en forte croissance. »

BBVA a privilégié le Mexique, qui a contribué à hauteur de 30 % à ses résultats du premier trimestre, tandis que Santander a misé sur le Brésil. L’avantage pourrait aller à ce dernier aux yeux des clients européens : « Le Mexique est plutôt perçu comme étant le marché naturel des Etats-Unis, tandis que le Brésil intéresse aussi beaucoup les Européens », remarque Pablo García.

Le directeur du secteur financier de l’IE Business School, Manuel Romera, relève pour sa part un lien culturel qui pourrait jouer, a contrario, en faveur de BBVA à Paris car la banque basque, « peut-être du fait de son origine, a une longue expérience de gestion d’une clientèle francophone ». BBVA peut en outre faire valoir sa salle de marché parisienne, opérationnelle depuis douze ans et qui emploie une vingtaine de spécialistes sur la centaine d’employés du bureau, déjà performants sur les activités obligataires, le financement de projets et le trade finance. Mais il va sans doute falloir attendre quelques semaines pour qu’elle présente au grand jour ses projets.

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