L'avis de... Olivier Delfour, responsable mondial des financements d'infrastructures et de projets chez Fitch Ratings

« Les banques vont considérer le recyclage d’une partie de leurs prêts »

le 21/07/2011 L'AGEFI Hebdo

En Europe, le marché des obligations existait-il avant la crise de crédit de 2007 ?

Jusqu’en 2007, en excluant les grands opérateurs d’infrastructures historiques qui émettaient sur le marché corporate, la quasi-totalité des émissions étaient garanties par des assureurs monoline. Cela ne représentait qu’une petite partie des financements (essentiellement en Grande-Bretagne), les banques étant très présentes sur ce marché avec des conditions très avantageuses. Le nombre d’acteurs s’est réduit durant la crise, mais il n’y a qu’un nombre limité d’investisseurs avec des équipes spécialisées dans le risque projet, ce qui freine le développement des project bonds.

Bâle III va-t-il favoriser la désintermédiation ?

Certainement, en particulier pour les financements à long terme. Il n’y a pas de raison fondamentale empêchant le financement de projets opérationnels sur le marché obligataire, comme le montrent les Etats-Unis. Les banques américaines ayant peu d’appétit pour les encours longs, le marché s’est développé autour d’investisseurs institutionnels via des placements privés (énergie) ou via les municipal revenue bonds (avec un avantage fiscal) pour les transports. Il est aussi probable que les investisseurs en Europe vont d’abord s’intéresser à des profils de risque plus simples (sans risque de construction et/ou de trafic par exemple), comme le montre l’absence de financements obligataires sur la ligne grande vitesse Tours-Bordeaux.

Quelle est l’attitude des banques françaises ?

Les trois banques historiquement dominantes dans le financement de projets (BNP Paribas, Crédit Agricole SA et Société Générale, NDLR) continuent à prêter à long terme. Mais comme leurs concurrentes, elles vont probablement considérer des options de recyclage d’une partie de leurs prêts par des refinancements obligataires.

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